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Interview  (Paris)  8 juillet 2009

C'est à l'occasion de la sortie de sa double B.D. Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! / Papa, Maman, une Maladie et Moi !, et dans quelques jours sa nouvelle publication Mouarf, que Davy Mourier nous donne un interview dans les nouveaux locaux de Nolife. Il revient sur son arrivée à Paris, nous livre ses secrets et nous fait part de ses projets futurs. Retour sur l'actualité de Davy Mourier avec cette interview réalisée en juillet 2009

Quel est le parcours à réaliser pour arriver à faire les métiers que tu fais aujourd'hui ?

J'étais un gosse qui lisait beaucoup de BD et qui sortait peu, je n'avais pas énormément d'amis. En Ardèche, les maisons sont éloignées et la plupart des gens sont sportifs et je n'étais pas sportif. Mon père me lisait des Gaston Lagaffe, des Schtroumpfs, etc. J'étais fan de BD. Au CP, quand on demandait aux autres ce qu'ils voulaient devenir, ils disaient pompier, flic. Moi, je disais que je voulais être auteur de BD et tout le monde riait.

Tu griffonnais à cette époque là ?

Je dessinais déjà, j'ai fait ma première BD au CP qui s'appelait "L'Epée". C'était l'histoire d'un chevalier qui avait une épée qui sortait en flammes, un peu comme Star Wars. Tous les ans je faisais des BD, il y a eu "Jojo le dragon", des trucs horribles... Et en troisième, j'ai découvert le théâtre au collège de La Lombardière. Je voulais en faire car une de mes connaissances me disait que ce serait drôle. Mais à l'école, j'étais hyper timide, je ne parlais pas, j'étais un enfant très effacé. La prof disait : "jamais cela ne va marcher...". Le soir, sur scène, c'est moi qui présentais, j'étais l'animateur. Je me suis mis en robe, j'ai fait Brigitte Bardot et le lendemain, je signais des autographes au collège alors que j'étais le mec le moins populaire du monde. Les filles se foutaient de me gueule et me disaient : "Tiens, je veux sortir avec toi... Ah ! Non ! T'es trop moche, t'es gros !" (rires) Je n'étais pas populaire et là, ça a changé. J'adorais l'adrénaline qui était montée. Après, je ne savais plus si je voulais faire de la BD ou des sketches.

Après mon brevet des collèges – que j'ai eu – je suis parti en école de dessin. Mes parents se sont saigné aux quatre veines pour me payer une école privée parce que les écoles publiques ne me voulaient pas, vu que j'étais juste pas mauvais en dessin et une merde dans toutes les autres matières. J'apprenais à être dessinateur maquettiste, j'apprenais à faire des magazines. L'école de Condé à Lyon m'a un peu dégoûté de la publicité, je me suis rendu compte qu'il y avait plein de gens qui dessinaient beaucoup mieux que moi.

Au niveau imagination, je m'en sortais mais au niveau réa, je n'étais pas hyper doué ce qui fait que je n'ai pas eu mon diplôme. Quand j'ai raté mon diplôme, je n'ai pas continué. Je ne voulais pas que mes parents continuent à payer pour un truc pour lequel je ne savais si je voulais continuer à le faire, finalement.

J'ai fait deux ans d'années sabbatiques, mes parents très gentils me rémunéraient pour aller au lycée d'à côté pour draguer les filles. J'en ai profité, j'ai écrit un film – je n'oserai même pas vous le faire lire – pendant cette période, et j'ai commencé le théâtre. Je m'étais dit : "il faut que je devienne un artiste, je vais y aller à fond". Je suis allé voir toutes les possibilités de m'en sortir et on m'a dit : "il n'y a que la radio et encore, jamais vous n'y arriverez". J'ai fait des stages tout pourris pendant deux ans et ensuite j'ai accepté de devenir pion. Je faisais animation théâtre entre midi et deux. J'avais entre temps découvert l'impro que j'ai adorée, je suis parti à Saint-Etienne pour en faire.

Je suis rentré ensuite à la mairie d'Annonay en emploi jeune en tant que graphiste. J'étais revenu à mon métier de base. Même si je n'avais pas eu mon diplôme, ils m'ont embauché, peut-être parce que mon père était à la mairie, je ne sais pas... C'est là que j'ai appris le métier de graphiste parce que ce n'est pas à l'école que l'on apprend son métier, il faut le savoir. J'ai appris le montage aussi. Le graphiste avec qui j'étais m'a tout appris, quelqu'un que je ne vois pas et qui avait un caractère fort peu appétissant – je ne sais pas si cela se dit mais bon... Il était doué et il m'a appris plein de choses. J'ai commencé les films Une Case en Moins parce que je m'ennuyais en tant que fonctionnaire. On a créé Une Case en Moins avec Didier Richard et Rémy Argaud. Notre premier film a gagné le concours sur Canal Jimmy, on est parti à Los Angeles. Quatre ans plus tard, avec un autre film, on gagnait encore un voyage à Los Angeles. Peu à peu, on a réussi à faire des vidéos.

Côté dessin, j'ai fait un défi jeune et j'ai eu assez d'argent pour faire une BD à compte d'auteur. On a édité une BD avec Didier à 1000 exemplaires qui nous a coûté les yeux de la tête, financée par la région Rhône-Alpes. On ne savait pas que l'on avait besoin d'un numéro ISBN pour vendre, donc cette BD est invendable. J'en ai 800 exemplaires en Ardèche, sur des étagères, c'est très joli.

Je suis allé à Angoulême pour montrer tout cela, les éditeurs m'ont envoyé chier forcément. Ils avaient sans doute raison. Il y en a qui m'ont dit : "tu as déjà pris des cours de dessin ? Parce que tu ne sais pas dessiner !". Je n'ai pas pu dessiner pendant deux ans, je me suis vraiment mis dans les courts-métrages spécialisés débiles voire cons.

Parce que l'on avait vu les Bitoman d'Alex Pilot, on a commencé à faire de films en se disant : "c'est génial ! On peut parler des trucs que l'on aime, les gens comprennent, ils ont les références !". On a trainé de plus en plus dans les conventions à Cartoonist, à Japan Expo, etc. On a commencé à avoir un petit public, sur internet et a rencontrer les gens du milieu. C'est comme ça que l'on a rencontré Cédric Littardi qui travaille à Kaze. Il avait un magazine dans lequel il mettait des courts-métrages dans les DVD, dont ceux d'Une Case en Moins. Didier a dit : "je suis aux beaux-arts, je ne peux pas avoir un stage chez toi ?". Cédric l'a pris en stage.

De mon côté, j'étais arrivé en fin de contrat à la mairie d'Annonay et ils m'ont dit : "on ne va pas vous reprendre, vous avez vraiment beaucoup de talent, cela ne sert à rien que vous le gâchiez ici !". Alors on ne sait pas si on doit avoir mal au cul ou si on doit être content. Entre les deux, on se dit merci, on se sert la main et on s'en va. D'un autre côté, je n'avais pas envie de rester parce que je m'ennuyais fermement et je voulais faire de la télé.

Un jour, j'ai pris une VHS et je suis monté à Paris avec tous les films Une Case en Moins. Je suis allé à Game One et j'ai fait : "je veux être animateur chez vous". J'ai rencontré le directeur des programmes de Game One, je lui ai apporté la VHS, il a regardé les films et il n'a pas ri une seule fois. Je suis resté comme un con. Il m'a dit juste une fois : "là, il y a des fautes d'orthographe". Je lui fais : "Oui, je sais, je ne sais pas écrire...".

Je suis reparti, j'étais un peu pas bien et vu que Didier était en stage à Kaze, à midi on a mangé ensemble. Il m'a dit : "il y a un graphiste qui se barre de Kaze, tu peux peut-être essayer de passer un entretien d'embauche". Je suis resté sur Paris, je n'avais pas d'endroit où dormir, j'ai un pote qui m'a hébergé le soir. Le jour d'après, j'avais personne. J'avais rencontré M. Poulpe à Pau pendant un truc de courts-métrages. J'ai appelé M. Poulpe, je lui ai fait : "tu ne veux pas m'héberger pour le soir ?". M. Poulpe m'a hébergé et le lendemain, j'ai pu aller chez Kaze à l'entretien d'embauche. J'avais juste un CV, je n'avais rien d'autre.

J'ai fait à Cédric Ritardi : "je sais faire un peu de After Effects".
Il m'a dit : "OK. Et ça, tu penses que tu saurais le faire ?".
Je lui dis : "bah je ne l'ai jamais fait, mais peut-être.
- Et des jaquettes, tu le saurais le faire ?
- Je ne l'ai jamais fait mais peut-être.
- Ok.
- Je n'ai rien à te montrer.
- OK. Bah écoute, je vais te prendre.
- Ah bon ? Par contre, si je monte sur Paris, c'est pour faire de la télé, hein ? Dès que je toruve un travail à la télé, je vais partir".
Il me regarde et il me fait : "OK". J'étais embauché. Oui, c'est assez énorme !

Deux mois plus tard, j'emménageais sur Paris. J'ai fait deux ans et demi en tant que graphiste, puis je suis passé directeur artistique à Kaze pendant deux ans et demi. Entre temps, vu que l'on se croisait dans les conventions, Alex aimait bien notre travail avec Une Case en Moins. Quand Alex a eu l'idée de monter Nolife, il nous a demandé de lui passer des films. Moi je disais : "Non, il faut faire des choses, j'ai une idée de série et puis... non, je veux être animateur, s'il te plait laisse-moi ! Je rêve d'être animateur depuis que je suis gamin". Alex a accepté et Nolife a commencé. Un an plus part, j'ai lâché Kaze pour venir bosser chez Nolife et... réduire mon salaire de plus de la moitié ! C'était être directeur artistique ou alors avoir envie à nouveau de se lever le matin. Parce que c'est ça le plus important.

Au début, Kaze, j'aimais bien. Je découvrais un métier, etc. Au bout de 5 ans, faire des jaquettes de DVD, cela devient toujours un peu la même chose. Quand on a travaillé sur des séries comme Bleach, Monster, fait les collectors de Dragon Ball, des Chevaliers du Zodiaque, de Ken... au bout d'un moment, on s'ennuie. Et à côté, quand on va bosser sur Nolife le soir, on a l'impression de commencer la journée à 19h, on vit ! A un moment, je me suis dit que je ne pouvais plus.

Pendant un an tu as fait les deux ?

Oui, pendant un an, on faisait NerdZ, Une minute pour parler de, 101%, La minute du geek, Periscope... Tout ça, après le travail. Grâce à cela, j'ai pu faire Roadstrip sur Nolife, une émission qui me touche réellement, j'ai pu bosser sur NerdZ... Maintenant c'est plus calme mais il y a d'autres problèmes avec la chaine : on n'est jamais tranquille !

Combien de temps a-t-il fallu pour réaliser ton album ?

Au moment où j'ai commencé à m'ennuyer à Kaze – je suis quelqu'un qui s'ennuie vite –, ma petite amie de l'époque – malheureusement plus maintenant – m'avait faire lire du Kundera. Il y a un bouquin de Kundera dans lequel il y a un chien qui a un cancer et qui meurt. Je lisais cela dans le métro et j'ai pleuré : trois pages pour décrire la mort d'un chien qui m'ont tellement touchées que j'ai eu envie d'écrire aussi.

A l'époque, Larcenet avait un blog sous Overblog et je me suis dit que j'allais faire un blog. Le premier était pour parler de la mort de mon chat. Après, je me suis pris au jeu à écrire tous les jours : j'écrivais des textes puis j'ai commencé à raconter ma vie, ma vie sexuelle, à tout balancer jusqu'au jour où c'est allé trop loin, j'ai eu des emmerdes. Pendant un moment j'ai bossé pour Les films faits à la maison et je suis allé trop loin, j'ai balancé des trucs : en fait, ma petite amie m'avait quitté et déjà que je suis un tantinet dépressif, alors là ce n'était même pas la peine ! J'ai fait un reportage sur un truc qui ne me plaisait pas réellement et j'ai un peu craché dans la soupe voire même beaucoup ! Les gens se sont plaints, on m'a dit : "tu vas avoir un procès" et j'ai tout arrêté.

Le problème quand on écrit tous les jours, au bout d'un moment on veut faire la surenchère et on fait la surenchère avec nous-mêmes et on ne se rend plus compte que l'on n'écrit pas que pour nous, que des gens vont le lire et que l'on peut faire mal à des gens. J'ai chopé 40°C de fièvre quand j'ai su que les gens avaient lu le truc que j'avais écrit. En fait, je n'imaginais même pas que les gens pouvaient le lire. J'ai passé une nuit de stress le plus total. C'était bénéfique parce que je me suis rendu compte que l'on ne pouvait pas dire ce que l'on voulait, qu'il fallait réfléchir, qu'il fallait un filtre et le filtre, c'était le dessin. Je me suis rendu compte que le blog était une drogue pour moi, il fallait que je continue mais je ne pouvais pas continuer à écrire et en plus, je ne fais que des fautes d'orthographe, donc c'était imbitable.

L'idée a été de faire un personnage qui filtre mes propos. Non seulement, lorsque l'on dessine un personnage, on est obligé de réfléchir et donc forcément le texte ne coule pas tout de suite et on est obligé de le réfléchir également mais aussi la personne qui va lire le texte va avoir le personnage qui nous protège. C'est doublement bénéfique : de mon côté, je suis obligé de réfléchir davantage et de l'autre côté, le lecteur se dit "ce n'est pas lui, c'est son personnage qui parle".

Au bout de 3 ans, le blog m'a vraiment appris à dessiner. Il faut voir les premiers dessins, je ne dis pas que je dessine bien maintenant mais je dessine beaucoup mieux qu'avant ! Cela me permet de tester des choses. Je suis allé voir les éditeurs, on m'a dit : "non, c'est de la BD blog, jamais cela ne sortira". Au bout de 2 ans de Nolife, je suis un peu plus connu donc c'était peut-être plus facile de sortir une BD quoique les grands éditeurs ne se sont pas lancé.

J'ai reçu un mail de deux filles fans qui ont lancé leur maison d'édition il y a 3-4 mois de cela et elles m'ont dit : "tu vas peut-être mal le prendre mais on voudrait t'éditer, tu n'as jamais été édité donc tu ne dois pas vouloir". Je leur dis : "oui bien sûr, je veux être édité !". On a discuté, elles sont charmantes et elles m'ont permis de faire tout ce que je voulais : j'ai demandé du vernis sélectif sur la couverture, elles m'ont dit oui, je veux une double BD, elles m'ont dit oui. Et donc j'ai pu sortir ma BD.

C'est une BD que j'ai fait en 2006 sur internet. Ce sont des BD qui ont été sur mon blog et qui ont été éditées après. Je n'ai rien ajouté, à part dans la BD Il était une fois une fille que j'ai rencontrée deux fois que j'ai totalement redessinée pour l'occasion. Je ne voulais pas qu'elle sorte comme ça parce que mon niveau en dessin avait augmenté entre temps et j'aurais eu honte. J'ai tout refait.

C'est un exercice difficile de refaire ce que l'on a déjà fait.

C'est extrêmement chiant. Vu qu'au début je piquais les photos sur internet parce que je ne pensais pas du tout que j'allais l'éditer, il a fallu que l'on se refasse le chemin avec la jeune fille en question. C'est pour cela qu'au début il y a toutes les photos parce qu'on les a faites à deux.

Comment as-tu réalisé les planches ? Tu as tout fait à la main ?

Tout est numérique, c'est tout fait par Photoshop. Même les dessins sont faits à la palette graphique. Dans ces deux BD, il n'y a rien de naturel. Je ne peux pas vous vendre de planches par exemple ou alors un PSD original peut-être. Je trouvais cela vraiment intéressant que cela soit numérique pour une bande dessinée qui se passe dans un univers complètement numérique parce que c'est une histoire d'amour qui n'aurait pas existé sans internet, sans le web, sans MSN, sans les SMS. Cela allait encore plus loin dans le numérique, dans l'abstraction et pourtant qui a donné quelque chose de très concret. Enfin très concret... On n'est plus ensemble mais pendant un moment en tout cas.

C'est du numérique même pour la deuxième BD ?

Oui, c'est tout du carton que j'ai scanné, que j'ai découpé sur Photoshop, j'ai mis des ombrages, c'est du vrai carton au départ. Alors oui, il y a du vrai carton ! (rires)

Et le billet de train SNCF ?

C'est le billet original que j'ai gardé.

Tu es assez conservateur !

Oui, je suis allé au Japon avec une ex, j'ai toujours les billets, c'était en 2004. J'aime bien garder les choses. J'aime bien aussi dans les BD que je fais puisque ce sont que des BD qui me touchent... avoir une preuve de la véracité.

C'est autobiographique ?

Tout est autobiographique.

C'est romancé ?

Non non, je ne romance pas. Tout est vrai. La BD qu'elle a lue qui est à l'intérieur, c'est la BD que je lui ai apportée, telle quelle. J'avais fait ça en une après-midi au travail, avant d'y aller. J'ai réduit les planches en case parce que normalement, c'est une petite BD au format carré que j'avais découpée et que j'avais agrafée, format main. C'est tel quel qu'elle l'a eue en main.

Pour la partie Papa, Maman, une Maladie et Moi !, il y a vraiment un découpage très régulier.

Tout est régulier, même l'autre. Je suis hyper symétrique, que ce soit dans mon dessin ou… En fait, je pense que la narration et l'histoire sont plus importants dans une bande dessinée. Le dessin, le graphisme et les cases sont des artifices supplémentaires pour faire aimer. Je suis très "cinéma" dans ma manière de découper et le cinéma, c'est toujours le même cadre, on a toujours 4/3. Je découpe mes BD comme si c'était du cinéma, c'est-à-dire que je reste hyper symétrique dans mes cases et même dans les mouvements, mes personnages bougent très peu.

Mes personnages sont hyper statiques : 1) parce que je suis feignant, 2) parce que je trouve que cela implique encore plus le lecteur. On est encore plus obligé de se projeter à l'intérieur de la BD puisque c'est hyper statique et d'un autre côté, les gens mettre ce qu'ils veulent, il n'y a que les expressions. Ils peuvent se mettre eux-même à l'intérieur. Je pense que c'est plus facile de rentrer dans une BD comme je fais. Si c'était hyper réaliste, on lirait une histoire et on n'irait pas se l'approprier. De cette manière là, on va s'approprier l'histoire.

A la fin de Papa, Maman, une Maladie et Moi !, c'est par pudeur vis-à-vis de la maladie que tu ne donnes pas l'issue ou c'est parce que tu souhaitais juste raconter cet épisode là ?

J'essaie de savoir pourquoi... Je crois que je suis arrivé à un moment où je n'avais plus rien à raconter. J'exorcise en faisant de la BD. Après les tests que mon père a faits, on nous a dit que c'était bénin. Dans les remerciements, j'ai écrit : "Merci à la maladie de pas toujours être mortelle". C'était un peu pour expliquer et donner un indice. En fait, je n'avais plus besoin de faire cette histoire, je n'avais plus besoin de raconter parce que mon père allait bien. Je la faisais en temps réel.

Le découpage est symétrique avec une première partie extrêmement sérieuse, souvent touchante et la partie dessinée qui vient pour partir en vrille.

Oui. L'idée était de parler un peu comme un enfant qui voit ce qui se passe, qui comprend peut-être un peu plus qu'un enfant, et de dédramatiser avec le dessin. C'est ma manière de voir la vie, en fait. Le clown triste, on ne l'a pas inventé : je ne vais pas bien donc je trouve un artifice pour aller mieux. Cela ne sera pas l'alcool ni la drogue, ce sera le dessin ou NerdZ... Ce sera une création. J'ai besoin de créer pour décompresser. Cette BD Papa, Maman, une Maladie et Moi ! me ressemble beaucoup, parce que c'est vraiment cette dualité partout. Cette symétrie, parce que je suis quelqu'un d'hyper carré, j'aime bien quand les choses ne dépassent pas, ne pas être en retard.

C'est marrant que tu dises cela quand on voit tes prestations dans NerdZ ou sur Nolife, tu donnes l'impression de quelqu'un qui part un peu dans tous les sens.

Il faudrait demander aux autres mais souvent c'est moi qui gère les plannings. Alex me demande souvent de gérer les rendez-vous pour tous les comédiens, savoir à quelle heure on va tourner. Je suis un stressé fini de la vie et j'ai besoin de tout maîtriser parce que j'ai peur de perdre le contrôle et que cela ne se passe pas bien. De fait, je suis quelqu'un d'assez doué pour ces choses là parce que pour moi, c'est vital. Je ne suis pas le mec du fond de la classe, près du radiateur qui fout le bordel, je n'ai jamais été cela. Ce n'est que dans NerdZ ! (rires)

Pour revenir à l'album, est-ce que des dessinateurs t'ont inspiré ? Quels sont tes dessinateurs préférés ?

Oui, Larcenet, Trondheim, Blain, Sfar, la nouvelle vague, Gotlib, Goscinny, Franquin – pas Uderzo on est d'accord, Uderzo a tué Astérix. J'aime bien les anciens mais en BD, je ne peux faire que ce que l'on appelle la nouvelle vague : Larcenet, etc. En lisant du Larcenet, je me suis dit : "merde ! On peut le faire, quoi !" Comme quand je me suis rendu compte avec Alex que l'on pouvait faire des films où l'on parlait de nos références d'enfant, pareil avec Larcenet, je me suis dit que l'on pouvait faire quelque chose d'autobiographique et toucher des gens quand même ! J'ai piqué clairement du dessin à Larcenet en beaucoup moins bien, je ne suis pas au niveau. J'aime bien sa manière de parler, de raconter, c'est touchant. Trondheim aussi, j'aime beaucoup. Le Pinocchio de Winschluss est fabuleux, j'aime bien les auteurs dépressifs...

Il y a un prochain album, Mouarf, qui va sortir.

On peut déjà lire Mouarf sur mon blog. C'est la BD que j'ai faite après Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! qui est un peu plus expérimentale. Au début, c'est cette BD que je voulais sortir, c'est celle qui me touche le plus mais elle est un peu difficile à lire, je pense. C'est un peu spécial : on sort, on va dans la réalité et puis on part dans l'esprit du personnage et puis l'esprit du personnage, c'est la bande dessinée. Je joue avec les codes de la BD, c'est-à-dire que le personnage peut crever la BD, faire des trous dans les cases de la BD, on peut tourner la BD. C'est un peu bizarre mais le message est fort pour moi : cela parle d'une de mes ex, justement celle qui m'a quitté, dont on parlait tout à l'heure.

Je voulais une édition pour cette BD, Mouarf sortira fin septembre normalement, si tout va bien. J'ai de l'avance, cela fait longtemps que je veux faire de la BD alors maintenant que j'ai un éditeur, je ne veux pas le lâcher. Je suis en train de dessiner Mouarf 2, la suite 3 ans plus tard. Je suis en train de vivre ce que je dessine et je ne sais pas encore la fin, du coup. Je ne peux pas faire de bandes dessinées scénarisées à l'avance. Sinon, je m'emmerde et je ne le dessine plus, parce que je connais la fin. Je ne vois pas l'intérêt, il faut que je me surprenne. Il était une fois une fille que j'ai rencontrée deux fois ! Papa, Maman, une Maladie et Moi ! et Mouarf sont des BD que je dessine en temps réel, c'est-à-dire que mon cerveau me guide. Parfois, j'ai des idées, des pistes ; au milieu, il va m'arriver un truc dans la vie et je vais partir ailleurs.

Tu ne reviens jamais sur tes précédentes pages ou cases ?

Si. On peut le voir dans Il était une fois une fille que j'ai rencontrée deux fois. Au début, je dis que j'ai descendu des escaliers, etc. et à la fin de la BD, je dis que j'ai monté et descendu des escaliers avant d'aller la voir. J'essaie quand même de trouver un lien. Cela se fait ou pas.

Je travaille sur 41 Euros en même temps.

Tu ne retouches pas non plus tes dessins ?

A part dans Il était une fois une fille que j'ai rencontrée deux fois où je trouvais que c'était une honte de la vendre comme ça si je ne refaisais pas les dessins, non. Peut-être parce que je suis trop feignant, je n'ai pas envie de revenir dans les choses, je suis obligé de changer le scénario après. C'est comme l'impro en fait, où l'on a un postulat de départ et on est obligé de se démerder avec cela. J'improvise comme je dessine, comme je fais mes BD.

Est-ce que tu fais des illustrations dans les magazines ?

J'ai fait ça pendant un temps avec un magazine de jeux vidéos où je faisais des strips dans Virus Gamer Magazine. J'ai eu des problèmes d'entente donc j'ai arrêté, tout simplement. Je suis scénariste pour Mélaka, pour le magazine Psikopat, je lui écris des scénarios et elle met en image. Je ne dessine pas pour Psikopat. Je n'ai pas fait beaucoup d'illustrations. On me demande un peu maintenant mais je ne pense pas être le meilleur illustrateur du monde, ce n'est pas très grave.

Revenons à ta façon de raconter ta vie finalement en BD. Tu dis que c'est du temps réel, tu l'abordes de façon factuelle. Tu n'as pas envie de décliner cela par exemple dans un one-man show ?

A chaque fois je me dis, quel média je vais prendre pour raconter cette histoire ? Dans NerdZ – et on pourrait demander aux autres scénaristes – quand il y a des histoires d'amour entre Dark et Caroline, c'est plus ma touche la plupart du temps. Le dialogue de fin dans le dernier épisode entre Dark et Caro, je les ai fait chier : je veux que cela se passe comme ça.... C'est plus moi le côté romantico-geek... Roman-geek, tiens c'est joli !

Avec Poulpe, on pense à faire des sketchs, ce sera plus absurde. J'avais pensé à aller sur scène et je me suis dit : "est-ce que cela marcherait de juste raconter sa vie ?" Arriver sur scène, faire des vannes, raconter des histoires. J'y pense mais à chaque fois je me dis...

Cela veut dire arriver sur scène et raconter sa vie ou alors préparer un spectacle ?

Préparer un spectacle avec un début et une fin, mais se raconter. C'est ma vie, je vais vous la raconter ! Improviser avec le public, en parler. J'y ai pensé souvent à ce truc là. Bon, c'est extrêmement narcissique...

Cela dépend comment c'est raconté, c'est toujours pareil. Tu pourrais dire cela de tes BD à ce moment là, et pourtant cela parle à tout le monde.

Je ne sais pas... En tout cas, avec Poulpe, on réfléchit pour la rentrée à un spectacle de sketchs geek, c'est en chantier encore. On aimerait bien poser notre pierre à l'édifice.

Comment s'est construit NerdZ ?

C'est une idée que j'avais depuis pas mal de temps. Déjà, je suis le roi pour faire des trucs avec peu de moyens et essayer de trouver un système pour que cela rende pas mal. C'est pourquoi l'emblème d'Une case en moins, mes BD, c'est le carton, le scotch, c'est le système D. Je voulais faire une série et il fallait trouver un moyen de le faire avec peu de moyens. L'idée que la caméra soit dans la télé est le premier truc qui me soit venu en fait. Plan fixe : les gens vivent devant la télé.

Dans le train, justement j'étais avec la jeune fille de la bande dessinée à l'époque, on rentrait d'Ardèche, je lui dis : "Ah ouais ! La série s'appellerait Geek, il y aurait des personnages, une histoire d'amour". Et j'avais écrit sur un billet de train un peu les idées comme ça. Après, on m'a dit qu'il y avait déjà une série qui s'appelait Geek sur Nolife, alors on a changé de nom. On a dit Nerd et Poulpe a dit : "Non ! Nerdzzzeeuuu !" Alors on a mis un "z" pour faire plaisir à Poulpe, c'est devenu "NerdZ".

J'ai proposé à Didier et à Poulpe de faire un truc avec des personnages que l'on sait faire, vu que l'on n'est pas vraiment acteurs. Depuis 2001-2002, je trainais Régis Robert dans l'impro, sur scène, etc.,  j'ai dit que je voulais bien faire le débile de service. Didier qui est un peu moins acteur a dit : "vu que j'ai fait les beaux-arts, je maîtrise le côté chiant". Poulpe, lui, avait son côté poulpe, flasque, mou, etc. On a choisi nos personnages, on les a façonnés autour de nous. Puis on a créé par mail l'épisode 5 de la saison 1 de NerdZ. C'est Poulpe qui a eu l'idée : "oui, le mec ne sortirait même pas de son canapé, la pizza arriverait, etc.". On a mis des gags autour avec Poulpe et Didier et l'épisode 5 a été créé en fait comme ça.

En premier tu veux dire ?

En premier. Le premier épisode de NerdZ, c'est l'épisode 5 en fait. Après, on s'est dit qu'il fallait d'autres épisodes pour présenter les personnages. L'épisode 1 présentait le lieu et les épisodes 2, 3 et 4 présentaient les personnages, c'est-à-dire qu'il y avait un épisode plus Jérôme, plus Dark, plus Régis Robert. Et Caroline moins, puisque l'on ne savait pas encore écrire pour Caroline avant la saison 2.

Maëlys est arrivée dans l'aventure parce que j'avais fait un court-métrage avec elle. C'est pour cela qu'elle fait ma taille d'ailleurs. J'étais allé dans une boite de casting et j'avais pris toutes les filles de 1,60 mètre parce qu'elle devait m'embrasser dans ce court-métrage – c'est très bien d'ailleurs. (rires) Je l'ai recroisé dans une soirée et elle m'a dit : "j'aimerai bien travailler avec vous". Cela tombait bien !

Le soir où je l'ai rencontrée, j'ai discuté avec elle. Je ne sais pas si vous connaissez bien NerdZ mais il y a un dialogue qui dit : "Et Mario, c'est un héros ou c'est un super héros ?" En fait, ce soir là, je lui explique la série, dans un café à Place d'Italie et Maëlys me fait : "mais alors Mario, c'est un héros ou c'est un super héros ?" Je lui réponds : "c'est un héros parce qu'un super héros a des super pouvoirs, il vole, etc.". Elle me répond : "comme Batman". Je lui fais : "Oui... Ah bah non, Batman ne vole pas". Et le scénario s'est écrit tout seul ce soir là...

Peu à peu, on a appris à connaître Maëlys et on a appris à écrire pour elle. On s'est rendu compte que l'on ne savait écrire que pour les gens que l'on connaissait, au final. C'est très dur d'écrire un rôle de fille d'autant plus que l'on est des garçons. Ce n'est pas facile d'écrire un personnage féminin : on en a fait une sale pute, désolé, on est des mecs, hein ! (rires)

Il y a des gens qui ne sont pas contents de la saison 3 de NerdZ, qui nous insultent, etc. Moi, j'en suis très content parce que je trouve que l'on a enfin compris où on allait et on a enfin su écrire pour les personnages. On a pu rentrer en détail dans la psyché – ou pas – des personnages et on s'est fait plaisir. Enfin on a fait des choses qui nous font rire.

NerdZ, ce n'est pas forcément une série drôle, ce que les gens ont oublié, en fait. Souvent les gens nous disent : "oui, faites comme au début, que des gags pour les geeks". L'idée de base n'était que ça, mais quand on a un média pareil entre les mains, on a envie de s'en servir et de dire des choses. Et NerdZ, c'est clairement glauque et toutes nos peurs sont là-dedans : les personnages passent leur temps à tuer leur mère, c'est freudien au possible, le monde extérieur est horrible, il vaut mieux rester enfermé et ne pas sortir. C'est une vision très très glauque de la vie. Quand les gens me disent : "je suis désolé mais je ne ris pas trop devant NerdZ, j'aime bien mais je trouve ça glauque", alors je fais : "bon bah tu as compris la série !".

Il y a plusieurs niveaux de lecture aussi...

Ah oui ! Ma mère est morte de rire et je ne pense pas qu'elle ait ni le côté geek, ni le côté glauque. Il y a le côté Régis Robert juste débile, il y a l'autre degré de lecture pour les geeks et il y a un degré de lecture peut-être un peu plus profond. Peut-être que je me branloche, je le ressens comme ça.

Quand vous écrivez le scénario pour NerdZ, vous vous mettez des limites quand même ou c'est sans limite ?

On a une chance : c'est d'être sur Nolife et donc de ne pas avoir un réalisateur derrière, un producteur qui nous dit : "Non, attendez, vous n'allez pas tuer une mère quand même par son propre fils ! Vous n'allez pas faire avorter quelqu'un ! Pas deux fois !". On se fait plaisir et en plus, on essaie de faire ce que les séries françaises n'ont pas le droit de faire. Souvent on entend des scénaristes hyper frustrés – ceux qui bossent pour TF1 ou des gens comme ça – pour faire des séries policières à la "mords-moi les..." : ils n'ont pas le droit de faire de la pédophilie, des trucs de viol... Alors il faut faire quoi ? Tes cambriolages et peut-être de la drogue, et encore... En France, en fait on achète des séries américaines, South Park, mais on ne peut pas faire ça en France.

Pourquoi Nolife le permet ?

Nolife le permet parce que les gens qui font la chaine, les chefs, sont comme nous. Sur les autres chaines, ce n'est juste qu'une interdiction morale mais qui est bête parce que l'on a pu parler de l'avortement dans NerdZ, des SDF. C'est hyper cynique la manière dont on le fait. A chaque fois, au début de chaque saison, on se dit alors qu'est-ce que l'on n'a pas fait ?

On entend : "oh ! La série tourne en rond !". Cela ne veut rien dire. Mais qui peut se permettre de faire avorter deux fois une meuf dans sa série ? Nous, cela nous fait rire... Ce n'est pas gratuit, c'est aussi pour dire que l'on peut le faire d'une manière artistique aussi, même si c'est hyper pipi-caca. Cela n'empêche pas qu'il y a un fond et je trouve cela absurde qu'en France, on ne puisse pas se permettre ces choses là. Heureusement, il y a Kaamelott et Fais pas ci, fais pas ça qui sont des séries françaises qui arrivent et qui mettent vraiment la barre hyper haut ou plutôt la barre était tellement hyper bas que tout de suite, les gens sortent du lot. La dernière saison de Kaamelott par Astier est hyper dépressive, et c'est génial de pouvoir se permettre cela.

Il y aura une saison 4 de NerdZ ?

Normalement oui. A Japan Expo – cela m'a fait rire – un ado me fait : "alors NerdZ, il n'y a pas de suite ?". Je lui fais : "si, normalement, si". Lui : "Mais non, ils ont explosé !". Je lui fais : "ne t'inquiète pas, on a trouvé un système pour continuer" et il me fait : "ah ouais, c'était un rêve !". Et il se barre... (rires)

Alors non, ça ne sera pas un rêve parce que l'on est contre. On n'est pas Dallas, on n'est pas dans ces séries où les héros se réveillent et font : "oh la la !". Poulpe a eu une idée hyper absurde, hyper drôle et on en est très fier. On espère que l'on pourra tourner ça...

Il n'y a plus de 101% avec Davy Mourier. Ce n'est pas un fake ?

Ce n'est pas un fake, non. Roadstrip continue et à la rentrée, il y aura une nouvelle émission. Non, je ne quitte pas la chaîne. C'est juste que je fais autre chose.

NDLR : Davy Mourier s'adresse à Alex Pilot présent dans la pièce.

J'ai le droit, Alex, de dire un peu ce que l'on a pensé ou pas ?

Alex : C'est quel média ?

Davy Mourier : C'est un magazine culturel en ligne qui s'appelle Froggy's Delight.

Alex Pilot : Le problème, c'est juste que si l'on ne peut pas le faire, après on va passer pour des guignols !

Davy Mourier : En fait, avec Nolife, on est vraiment dans un moment de doute le plus total : est-ce que l'on va réémettre à la rentrée ? Est-ce que cela devient payant ?

Le sondage n'est pas terminé ?

Davy Mourier : Le sondage est bon, on a eu de bons retours des gens mais on ne sait pas trop où l'on va quand même.

Alex Pilot : En tout cas, Davy a plein de super projets et pleins d'idées ! (rires)

Davy Mourier : Je ne quitte pas Nolife. Il faut vous abonner ! (rires)

On sait que ça va être quasiment payant…

C'est payant ou ce n'est plus. On n'a plus les moyens.

Tu es donc acteur, scénariste, animateur, illustrateur, dessinateur, graphiste, réalisateur, monteur, et tu fais des t-shirts ?

Je fais des t-shirts, une ligne qui marche pas mal en fait. Tout ça, c'est par hasard…

Où peut-on trouver tes t-shirts ?

Sur Checkpoint. J'ai contacté le gars et je lui ai dit que j'aimerai bien faire un t-shirt par rapport à mon blog Badstrip et on a fait un geek dépressif, avec un Bomberman qui laisse exploser la bombe sur lui. Ca se vend vachement donc tous les 6 mois, il me redemande un t-shirt et tous les 6 mois, ça s'agrandit un petit peu. J'ai fait : geek agressif, geek dépressif, geek régressif, et un t-shirt qui s'appelle "mange mes bits" qui n'a carrément pas marché. Il a fallu que je brade, c'est invendable ! Si vous voulez acheter un t-shirt qui ne se vend pas, achetez "Mange mes bits". Cela arrangerait le stock ! Même à Japan Expo, ma BD se vendait comme des petits pains, les autres t-shirts ont été vendus en 30 secondes et lui, il a fallu que je descende le prix pour pouvoir le vendre. Je sais que j'ai merdé au moins un truc : j'ai merdé ce t-shirt ! (rires)

Tu as d'autres idées encore ?

Ce serait une autre série. Pour l'instant, je ne sais pas, c'est vraiment en projet. Je suis fan de Buffy et de Angel, du travail de Joss Whedon. Je me dis qu'en France, cela n'a jamais été fait, que l'on n'a jamais eu un truc un peu science-fiction. Mais est-ce que j'aurai les moyens ? Est-ce que je trouverai le truc ? Je ne sais pas, il ne faut pas que ce soit ridicule, quoi les monstres dans Buffy, étaient parfois un peu ridicules.

C'est ce qui en fait le charme !

Moui… Je ne sais pas… En tout cas, c'est un projet qui me titille de plus en plus. J'aimerai bien jouer dans d'autres choses aussi parce que les gens ne me voient qu'en Régis Robert mais je ne fais pas que Régis Robert.

Faisons déjà une saison 4 à NerdZ ! Je pense que ce sera la dernière saison. Je ne sais pas pour Didier mais Poulpe et moi avons envie peut-être de passer à autre chose et puis je pense qu'il ne faut pas trop tirer sur la corde non plus. On a plein d'idées pour la saison 4, de vannes pour des épisodes, une idée pour la fin. J'aime bien dire que le début de NerdZ correspond à l'enfance et les personnages, la saison 2 à l'adolescence et on découvre la vie en tuant quelqu'un, la saison 3 au passage à l'âge adulte et ça fait bien mal au cul et la saison 4, ce serait logique que ce soit la fin, les personnages qui vieillissent pour de bon.

Tu inities toujours tous les projets que tu fais ?

Vu que j'aime bien tout maîtriser, c'est souvent moi qui initie les projets. Mais Poulpe me propose des trucs, il m'appelle et on fait des choses ensemble. Vu que je suis un peu asocial, j'ai un peu de mal à aller travailler avec des gens que je ne connais pas. Je suis bien à Nolife parce qu'avec Alex, on a eu le temps de se connaitre, etc. Comme pour IDF1, j'étais avec une équipe de tournage qui devait me filmer, je devais faire des conneries devant une caméra. C'est tout le temps Rémy qui me filme d'habitude. Si je ne connais pas le caméraman, je stresse plus, je ne suis pas bien… J'aime bien le côté famille dans ces choses là. Peu à peu, on me propose de tourner : on m'a proposé de faire un pilote. Je ne sais pas… Je me sens moins à l'aise, j'aime bien bosser avec des gens que je connais.

C'est vrai que je suis souvent initiateur parce que j'ai un besoin immodéré de créer des trucs pour ne pas mourir.

Et quand est-ce que tu vas arriver à dormir ? (rires)

Je ne dors pas bien. Je me réveille très facilement, le stress me réveille pour une idée : "Ah ! Est-ce que je ne suis pas mort ? Ah non ! Ca va !".

Tu es du genre, dès que tu te réveilles, à noter tes idées ?

Oui, oui ! C'est pour cela aussi que j'ai des somnifères ! (rires) Oui, je suis du genre à écrire, toujours avoir un truc à côté de mon lit.

La légende court que tu as touché à tous les domaines, sauf à la musique !

Pas la musique, je suis une merde en musique ! Oui, je confirme. Je n'ai pas d'oreille, je ne sais pas chanter, mais j'aime écrire. La chanson de Maëlys dans NerdZ, "La chanson aux deux visages", c'est moi qui l'ai écrite. C'était débile exprès, j'en suis assez fier : "le cœur est mon régiment, le chant est mon canon". Chant, canon, cœur, régiment… Il y a un truc !

J'aime bien écrire des chansons, je fais des trucs un peu sérieux mais pour moi et souvent, vu que je ne sais pas quoi en faire, je fais des BD. Souvent, je fais des BD qui riment sur mon blog. En fait, ce sont des chansons à la base, que je transforme, vu que je suis incapable de chanter, en histoire de BD. Musicalement, je suis une daube monumentale.

Sur ton blog, tu parles d'un projet sur lequel tu bosses depuis longtemps et pour lequel tu es très fier du rendu.

C'est ce qui a été diffusé sur Nolife dans mon dernier 101%. Je vais le mettre vendredi sur mon blog, pour mon anniversaire, pour marquer le coup. C'est pour une fille, et en même temps pour le fait que j'arrête 101%. C'est un truc d'animation que j'ai fait moi-même. Il faut le voir, je pense, ça mélange mes deux amours : le jeu vidéo et Brel, ce qui semblerait ne pas avoir de lien. En fait, j'ai trouvé un lien.

NDLR : Davy nous montre l'animation.

C'est très bien. On retrouve toujours dans tout ce que tu fais à la fois ce côté très drôle et très touchant.

C'est ma marque de fabrique. Je ne peux pas baiser sans faire une vanne ! (rires) Et après, parfois, tu ne peux plus baiser, la fille ne veut plus ! (rires)

Cela m'a pris une semaine et demi, à travailler tout le temps dessus. Ce sont de vrais dessins que j'ai scannés, que j'ai mis dans After Effects, et j'ai fait une caméra qui bouge au milieu des dessins. On a filmé mes dessins, j'ai photocopié des tortues, on les a fait brûler devant le fond vert.

C'est un paradoxe total : tes BD sont faites en numérique, ça c'est fait en collage.

Il y a toujours cet effet collage, un côté calque, un côté carton. Ma BD, alors que cela devrait être du papier, a été faite en numérique et ça, c'était avec du vrai papier. Je ne sais pas… J'aime bien mélanger les différents produits, j'aime bien créer à partir de rien et prendre des choses qui n'ont pas de valeur à la base et leur en donner une. Cela peut avoir de la valeur si on y met quelque chose dedans.

Cette histoire d'anniversaire à Annonay, c'est quelque chose que tu as l'habitude de faire ?

Normalement, mes anniversaires, on me les faits par surprise parce que je n'organise rien. En plus, je n'aime pas les anniversaires, surtout depuis que j'ai dépassé la trentaine, ça fait vraiment mal au cul. Normalement, je suis sous antidépresseur à peu près 15 jours avant la date de mon anniversaire. Je n'aime pas ça mais là, il y avait la sortie de ma BD et puis je me suis découvert une passion pour le kart.

En Ardèche, j'ai rencontré des gens hyper sympa qui ont un kart électrique, un truc de fou ! Je me suis rendu compte qu'ils aimaient NerdZ et qu'ils étaient même hyper fans, et j'ai été reconnu dans un karting à Saint-Cyr en Ardèche. On a discuté et j'ai parlé de la sortie de ma BD. Lui m'a dit qu'il voulait faire une soirée Mario Kart. Je lui ai proposé de dédicacer ma BD pendant cette soirée et puis ça tombait en même temps que mon anniversaire. Alors j'ai dit : "faisons un truc !" . Je me suis dit après que je pourrai inviter les gens à venir, et c'est devenu un peu plus gros. C'est donc une soirée où l'on joue à Mario Kart, je dédicace ma BD et après, on fait du vrai kart.

Je ne peux pas partir au bord de la mer – je ne vois pas l'intérêt, tout simplement – vu que je suis incapable d'acheter un billet d'avion pour aller dans un pays parce que je me dit qu'il faudra que je fasse quelque chose et que je n'aurai pas le temps, alors je ne peux pas préparer des vacances. Là, c'est un système qui me force à vivre quelque chose avec d'autres gens et à ne pas rester chez moi. De toute façon, si je fais toutes ces choses, c'est aussi pour me forcer à sortir de mon cocon et en même temps, d'être protégé par la caméra ou par un statut, parce que les gens me font peur. Je peux être sur scène à Japan Expo devant les gens, mais je ne peux pas être au milieu des gens. Je suis d'une agoraphobie totale, je fais des crises de panique, cela me perturbe. Donc je suis fou et quand je baise, je fais des blagues ! (rires)

On mettra cela en exergue !

Oui, voilà, un truc en gros : "Quand je baise, je fais des blagues. Davy Mourier". Son épitaphe. (rires) Si j'ai un cancer, j'espère que je me vannerai. Ah bah merde !

Comme Desproges.

C'est obligé ! On ne peut pas faire une série comme NerdZ, on ne peut pas se vanner et ne pas se regarder.

 

A lire également sur Froggy's Delight :
La chronique de Il était une fois... une fille que j'ai rencontrée deux fois ! / Papa, Maman, une Maladie et Moi ! de Davy Mourier
L'article de la saison 4 de NerdZ

En savoir plus :
Le blog de Davy Mourier
Le Myspace de Davy Mourier
Le site officiel de Une case en Moins
Le site officiel de NerdZ
Le site officiel de Nolife

Crédits photos : David Didier (Toute la série sur Taste of Indie)


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# 10 novembre 2019 : Non à la morosité

Faites une pause avec l'actualité, faites une pause avec les réseaux sociaux et profitez plutôt de notre sélection culturelle hebdomadaire avec des tas de belles raisons de se réjouir un peu. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"We were young when you left home" de Tim Linghaus
"Glam shots" de Rich Deluxe
"Imago" de Manuel Etienne
"Women" la 4ème émission de notre podcast radiophonique Listen In Bed
"Silent scream" de Holy Bones
"Stregata / stregato" de Gilia Girasole & Ray Borneo
"Révolution" de David Kadouch
"Jusqu'ici tout va bien" de Bazar Bellamy
Lysysrata, It It anita et The Eternal Youth au Normandy
et toujours :
"A l'oblique" de Phôs (Catherine Watine & Intratextures)
"So cold streams" de Frustration
"Liszt : O Lieb !" de Cyrille Dubois & Tristan Raes
"Au revoir chagrin" de Da Silva
"Ca" de Pulcinella
"Roseaux II" de Roseaux
"Symphonic tales" de Samy Thiébault
"Ca s'arrête jamais" de The Hyènes
"Ils se mélangent" de Djen Ka
Rencontre avec Joséphine Blanc accompagnée d'une session 3 titres acoustiques
"Funkhauser" de My Favorite Horses
Oiseaux Tempête et Jessica Moss au Grand Mix de Tourcoing

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Une des dernières soirées de Carnaval" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Les Mille et Une Nuits" au Théâtre national de l'Odéon
"21 Rue des Sources" au Théâtre du Rond-Point
"La dernière bande" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Mademoiselle Julie" au Théâtre de la Tempête
"Que Crèvent tous les protagonistes" au Théâtre 13/Seine
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génié" au Studio Hébertot
"L'Effort d'être spectateur" au Théâtre du Rond-Point
"Le Nouveau Cirque du Vietnam - Teh Dar" à l'Espace Chapiteaux de La Villette
"Olympicorama - Epreuve n°4 : le 100 mètres" à la Grande Halle de La Villette
"La Diva divague" au Théâtre de Dix Heures
des reprises :
"Les Membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Change me" au Théâtre Paris Villette
"Corneille Molière - L'Arrangement" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Qui croire" à la Comédie de Béthune
et la chronique des spectacles à l'affiche en novembre

Expositions avec:

"Greco" au Grand Palais

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Noura rêve" de Hinde Boujemaa
"Countdown" de Justin Dec
la chronique des films à l'affiche en octobre
et la chronique des films à l'affiche en novembre

Lecture avec :

"Profession romancier" de Haruki Murakami
"Feel good" de Thomas Gunzig
"Histoire mondiale de la guerre froide (1890-1991)" de Odd Arne Westad
"L'avenir de la planète commence dans notre assiette" de Jonathan Safran Foer
"L'écho du temps" de Kevin Powers
"Psychotique" de Jacques Mathis & Sylvain Dorange
"Une famille presque normale" de M T Edvardsson
et toujours :
"A comme Eiffel" de Xavier Coste & Martin Trystam
"Demain est une autre nuit" de Yann Queffélec
"L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent" de Philippe Delerm
"La frontière" de Don Winslow
"Les quatre coins du coeur" de Françoise Sagan
"Miracle" de Solène Bakowski
"N'habite plus à l'adresse indiquée" de Nicolas Delesalle
"Une vie violente" de Pier Paolo Pasolini

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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