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La Cigale  (Paris)  samedi 12 décembre 2009

M comme magique : pourtant auteur de l'un des albums les plus décevants de l'année, -M- nous a gratifiés, pour son dernier soir à La Cigale, d'un show une fois de plus ébouriffant. Malgré une réputation de performer qui n'est plus à faire, il y avait de quoi être sceptique à l'écoute de Mister Mystère. Avec ce nouveau disque mou du genoux, on craignait que -M- ne perde de sa superbe sur scène. Nos doutes ont été balayés par un ouragan d'une force inattendue, la transcription live de cet album bancal se révélant absolument fabuleuse.

Premier motif de satisfaction : en entrant dans la salle, on aperçoit sur le devant de la scène, juste devant le rideau rouge, 4 lettres bricolées annonçant l'alléchante première partie à venir : Gush. Découverte cet été à Rock en Seine, la sympathique fratrie a fait en quelques mois des progrès tangibles. Galvanisés par l'enjeu, les quatre parisiens ne ménagent pas leurs efforts et se mettent La Cigale dans la poche en deux coups de médiator. Il est suffisamment rare d'assister à une première partie conclue sous les hourras pour le souligner. Mis en valeur par des compositions folk-pop solides et plus complexes qu'elles n'en ont l'air, ils affirment un talent certain pour les harmonies vocales et signent une prestation énergique qui laisse augurer d'un album prometteur (sortie début 2010).

C'est une scène blanche immaculée qui se dévoile à nos yeux (enceintes, batterie, pieds de micro, piano... : pas un élément ne vient remettre en cause ce parterre étincelant) avant que les musiciens de -M- ne surgissent un par un des coulisses. Cyril Atef (moitié de Bumcello), fidèle parmi les fidèles et seul survivant des tournées précédentes, reçoit un accueil particulièrement chaleureux. Sans plus attendre, ils attaquent avec "Crise", titre lancinant qu'on peut entendre sur le disque 2 de Mister Mystère. Alors que l'on se demande quand et comment leur leader va se manifester, une voix reconnaissable entre toutes s'élève d'on ne sait où. L'immense double M qui trône au fond de la scène s'illumine et laisse entrevoir en ombre chinoise des fragments d'une coiffe fort intrigante.

Passé ce préambule, place aux choses sérieuses : le gimmick vocal qui ouvre le dernier album retentit, suivi des accords de "Mister Mystère" (la chanson). La similitude avec "Mon Ego" est d'autant plus frappante que -M- reproduit exactement le même jeu de scène que sur la tournée précédente : apparaissant en ombre sur l'écran du double M, en position de guitar hero, il lance une série d'accords avant que l'écran ne se relève et laisse apparaître le chanteur, affublé d'une perruque monstrueuse.

La nouveauté, c'est cette coiffe mi-corbeau mi-queue de chat hérissée qui lui donne une dégaine pas possible. Depuis toujours partisan de l'exubérance, -M- va encore plus loin qu'auparavant tout en parvenant à conserver une classe unique (outre la coiffe, on note des lunettes psychédéliques, un costume noir à paillettes argentées, des chaussures symétriquement blanches et noires et une guitare en forme de double M conçue spécialement pour l'occasion). Tout le groupe participe à ce défilé costumé, avec une mention spéciale à Cyril Atef en perruque et à la bassiste (Elise Blanchard) qui, tout de rouge vêtue et affichant fièrement sa crête, détone dans cet univers exclusivement fait de noir et de blanc.

"Tanagra", jouée dans la foulée, fait baisser la tension avant que -M- ne se lance dans un solo dantesque dont il a le secret. Sitôt la dernière note jouée, il enlève ses lunettes, s'avance vers son public baigné de lumière, le regarde dans le blanc des yeux, fait le plein d'ondes positives et enfourche à nouveau son manche pour se lancer dans "Le Roi Des Ombres", efficace single du dernier disque. Le public connaît les paroles par cœur et reprend le refrain à tue-tête. Si bien que -M- se tait et laisse le public chanter, comme ce sera le cas à plusieurs reprises ce soir. Le titre dégage un groove absolument irrésistible : à ce stade, on sent que la soirée sera mémorable.

Classique des concerts de -M-, la version francisée et musclée du "Close To Me" de The Cure fait sautiller instantanément la fosse. Vient ensuite "Ça Sonne Faux", extrait sans grand intérêt de Mister Mystère interprété dans une version rallongée. Mais est-ce la batterie militaire, la débauche d'énergie du chanteur (qui vient jouer de la guitare au beau milieu de la fosse puis vient, à la fin du morceau, fendre à coups de manche de guitare l'écran de son décor double M), le refrain scandé puis hurlé par le public à la demande du maître de cérémonie ? Toujours est-il qu'à notre grande surprise, on apprécie. Même constat pour "Hold Up", dont la version album est à proprement parler insupportable. Sur scène, cela donne un grand n'importe quoi mis en scène avec tous les musiciens (qui endossent à tour de rôle les costumes de cambrioleurs, victimes, flics, vigiles dans un chaos le plus complet) à grand renfort de beats électro furieux. Le tout finit en slam géant dans la fosse pour au moins la moitié des interprètes. La salle applaudit à tout rompre, on acquiesce.

L'intermède permet aux roadies de remettre un peu d'ordre dans ce bazar. Tout ce beau monde revient aux affaires vêtu d'un costard blanc pour les hommes, noir pour les deux filles. Second single de Mister Mystère, "Est-Ce Que C'est Ça ?" voit -M- partager une nouvelle fois le micro avec le public sur le refrain. Friand des jeux en tous genres permettant de créer une complicité avec son public, il nous fait ici participer à un concours de cris débile mais hilarant (jusqu'à 18 à la suite). Il s'amuse ensuite avec Cyril Atef, le charrie sur son jeu de batterie. En arrière fond, une créature court sans raison valable puis vient danser sur scène. Ça n'a aucun sens, mais ça colle à l'univers fantasque du chanteur. Chez -M-, il se passe quelque chose toutes les 30 secondes, ça fourmille d'idées, ça part dans tous les sens, et c'est un régal autant pour les yeux que pour les oreilles.

Car -M- est avant tout un prodigieux guitariste doublé d'un mélodiste talentueux. "La Bonne Etoile" en est le parfait exemple. Anna, la sœur de Mathieu, délaisse pour l'occasion son piano et vient partager le chant avec son frère. Lequel nous sort un solo de blues magistral avant de laisser sa sœur partir dans des vocalises de toute beauté. Le titre se termine par un crescendo énorme qui nous laisse pantois. -M- prend ensuite le temps de nous présenter son dernier jouet : sa guitare en forme de double M, qui produit des jeux de lumière sur l'écran géant en fonction de la corde jouée. Marrant. Il se lance dans l'intro de "Blackbird" des Beatles et poursuit avec "Délivre", dont les textes s'écrivent sur l'écran en temps réel. Vient après "Je Les Adore", chantée a capella micro à la main, accompagnée ensuite par le piano puis par le groupe au complet. -M- termine couché au sol alors que Cyril Atef (coiffe de perroquet rouge vissée sur le crâne) part à la batterie dans un trip complètement barré, au bout duquel il aboutit à une samba endiablée, le tout à partir d'un simple sampler.

"Je Dis Aime" : LA chanson phare de -M- déçoit dans un premier temps. Jouée dans une version un peu faiblarde, avec une formation réduite à trois instruments, il lui manque quelque chose (le violoncelle de Vincent Segal ?). Mais notre contrariété est très vite oubliée : en moins de temps qu'il faut pour le dire, -M- redevient le superhero de la guitare que l'on connait et nous pond un solo à décorner les bœufs. On a beau le savoir, connaître les versions live par coeur, on est à chaque fois estomaqué. Il torture sa guitare pendant plusieurs minutes, prend son temps, fait durer le plaisir, s'arrête puis repart, réalise son numéro de guitare jouée avec les dents... Bref, porté par un son de guitare magique, il nous fait la totale. Il termine la chanson seul à la 6 cordes et laisse chanter le public. S'en suit une longue et énorme ovation, que Mathieu Chedid dédie à sa grand-mère (laquelle a écrit les textes de la chanson).

On dénonce : Brigitte Fontaine, présente par intermittence dans la salle, allume une clope. Cyril Atef, lui, se retrouve torse-nu. Une habitude. Sur "Je Me Démasque", -M- se prend au mot : il enlève sa perruque et apparaît pour la première fois débarrassé de son costume d'entertainer. Autre intermède récréatif : toujours aussi content de sa guitare, il fait mumuse avec, nous montre comment elle concurrence la Wii en passant d'une octave à l'autre par un simple mouvement de manche. Autre facétie : il se lance dans un jeu interactif où différentes photos de lui s'affichent en fonction de la note jouée. Il parvient à rendre ça hilarant, manie à la perfection le second degré, prend un plaisir non feint à jouer avec un public tout acquis à sa cause et parvient à créer une proximité par des mots très simples.

Comme d'autres titres de -M- et la majorité des extraits de son dernier album, la version CD du "Complexe du Corn-Flakes" ne nous fait ni chaud ni froid. La version live servie ce soir se révèle, comme à chaque fois depuis le début du show, complètement déchaînée et d'un intensité folle. Pendant que Mathieu s'attache à un inclure un medley de "Black Or White"/"Satisfaction"/"Seven Nation Army" au milieu de la chanson, son frère Joseph (qui officie à la guitare, aux chœurs et à la batterie) débarque en caleçon, monte partout où il peut (sur la batterie, sur le piano...), jette dans le public son paquet de Corn-Flaxes (provoquant une pluie de céréales), puis se replie à la deuxième batterie. Cyril Atef, quant à lui, joue debout sur sa grosse caisse. Bref, c'est le bordel complet. Mais un bordel génial.

Sur "Amssétou", comme le veut la tradition, -M- fait monter des spectateurs sur scène et fait participer le public à une chorégraphie collective. Le morceau part une nouvelle fois complètement en live, Atef propulsant le tout en rythmes africains enfiévrés. Il va sans dire que le public se déhanche à tout va. Après ce nouveau moment de folie, -M- et sa bande saluent longuement. Ce dernier semble littéralement se nourrir de nos applaudissements. Il réapparaît tout seul quelques instants plus tard pour un premier rappel acoustique où les versions épurées de "Onde Sensuelle", "La Fleur" et "Mama Sam" font des merveilles. Le groupe le rejoint pour "Machistador", toujours aussi efficace lorsqu'il s'agit de se trémousser. Le groupe se lance d'ailleurs dans une danse collective en totale synchronisation qui enthousiasme à juste titre les spectateurs. Après une splendide version de "L'Élixir" (avec Gush aux choeurs), autrement plus convaincante que sur disque, -M- nous propose une dernière expérience de communion : prendre la main de son voisin et crier tous en même temps. Ça a l'air très bête décrit comme ça, mais le bonheur de partager est si évident chez -M- que tout ça est très naturel et procure une joie intense.

-M- revient avec son frère au piano pour un tout dernier titre, "Lettre à Tanagra". Assis sur le piano, il rend hommage à l'auteur du texte, Brigitte Fontaine, partie de la salle depuis belle lurette. Il conclut en écrivant ces mots sur l'écran géant : "t'embrasse", accompagnés d'un coeur. Il salue le public qui est debout depuis longtemps déjà, pendant que son frère termine sa mélodie au piano. Les deux frangins repartent bras dessus-dessous vers les coulisses. Rideau.

Depuis ce concert magistral, hallucinant de beauté, on considère Mister Mystère avec plus de bienveillance. -M- nous a livré une prestation exceptionnelle, comme on n'en voit trop peu. Un tel don de soi, c'est incroyable. Pour l'instant et jusqu'à nouvel ordre, c'est le meilleur concert de -M- qui nous a été donné de voir.

 

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# 13 octobre 2019 : On Manque de Mains D'oeuvres

Alors que la mairie de Saint Ouen a décidé de la fermeture de la salle mythique Mains d'Oeuvres, il est plus que jamais nécessaire de se mobiliser pour la culture. Alors on continue de notre côté avec beaucoup de musique, la fin de la session de Orouni, des tas de livres, du théâtre pour tous les goûts, des expos et plein d'autres choses (mais rien sur Dupont de Ligonnès). C'est parti.

Du côté de la musique :

"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Rencontre avec Orouni dans les rayons d'une librairie
et bien entendu, Orouni en session live, toujours dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos
et toujours :
"Pas plus le jour que la nuit" de Alex Beaupain
"Matriochka : Romantic fantasies & Transcriptions from Russia" de Alexandra Luiceanu
"La nuit devant" de Baden Baden
"aMour(s)" de Fabien Martin
"L'arbre rouge" de Hugues Mayot
"Why me ? why not" de Liam Gallagher
"Les disques dans notre vide poche" le podcast #1 de Listen in Bed
"Drive" le premier mix de Listen in Bed
"Mademoiselle in New York" de Lucienne Renaudin Vary
"Still life : A tribute to Philip Glass" de Maud Geffray
"The flood and the fate of the fish" de Rabih Abou Khalil
Rencontre avec The Great Old Ones
"Sprayed love" de Xavier

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Fausse note" au Théâtre de la Contrescarpe
"Sabordage" au Théâtre 71 à Malakoff
"Rêves d'Occident" au Théâtre de la Cité internationale
"Donnant Donnant !" au Théâtre Athénée
"Piège pour Cendrillon" au Théâtre Michel
"La Famille Ortiz" au Théâtre Rive Gauche
"La Promesse de l'aube" au Théâtre de l'Atelier
"Yannick Jaulin - Causer d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Yannick Jaulin - Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à pas parler d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Ciel, ma belle mère !" au Théâtre d'Edgar
"De quoi je me mêle !" au Théâtre Athénée
"On est mal Macron, on est mal" au Théâtre des Deux Anes
"Looking for Beethoven" au Théâtre Le Ranelagh
des reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre Rive-GAuche
"Anna Karénine" au Théâtre de la Contrescarpe
"Les Crapauds fous" au Théâtre de la Renaissance
"La Convivialité" au Théâtre Tristan Bernard
"Il y aura la jeunesse d'aimer" au Théâtre Le Lucernaire
"Nature morte dans un fossé" au Théâtre du Gymnase
"Une leçon d'Histoire de France : de l'An mil à Jeanne d'arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France : de 1515 au Roi Soleil" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Vipère au poing" au Théâtre du Gymnase
et la chronique des spectacles à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Moderne Maharajh, un mévène des années 1930" au Musée des Arnts décoratifs
"Balzac & Granville, une fantaisie mordante" à la Maison de Balzac

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Martin Eden" de Pietro Marcello
"Little Monsters" de Nicolas
"Les Chemins de la haute ville" de Nicolas
la chronique des films de septembre
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
"L'horizon qui nous manque" de Pascal Dessaint
"La petite conformiste" de Ingrid Seyman
"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann
et toujours :
"Archives des enfants perdus" de Valeria Luiselli
"De pierre et d'os" de Bérengère Cournut
"L'accident de l'A35" de Graeme Macrae Burnet
"Le mystère Sammy Went" de Christian White
"Les furtifs" de Alain Damasio
"Lost man" de Jane Harper
"Vers une nouvelle guerre scolaire" de Philippe Champy

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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