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Interview  (Paris)  février 2010

A l'occasion de la sortie de leur nouvel album Magic Chairs, nous avons rencontré Mads Brauer et Thomas Kirirath, deux des membres du groupe Efterklang qui nous font part de leurs influences, leurs origines, leur inspiration.

Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de l’enregistrement de ce nouvel album dans la mesure où il est assez différent des précédents ?

Mads Brauer : Les concerts que nous avons faits pendant deux ans nous ont beaucoup inspirés, nous avons énormément appris durant cette période. Nous nous sommes vraiment rendu compte que les concerts nous avaient manqué. Je crois que cette envie de jouer transparaît dans le disque, en tout cas nous avons essayé de reproduire les émotions ressenties en tournée. Nous voulions également que notre approche soit plus conventionnelle, avec quatre ou cinq instruments seulement : piano, guitare, basse et batterie. Nous voulions passer très peu de temps en enregistrement : un jour pour les cordes, un jour pour la voix, un autre jour pour les guitares... Nous nous sommes clairement mis des limites de façon à rendre le processus plus efficace.

D’où cette impression de disque plus "pop" ?

Mads Brauer : Ça me gêne un peu d’utiliser le qualificatif de pop vis-à-vis des gens qui ne connaissent pas Efterklang, ils pourraient être déçus ou se méprendre sur le groupe. Mais effectivement, bien que nous ayons conservé le cadre originel d’Efterklang, ce nouveau disque s’avère plus facile à appréhender à la première écoute.

Vous avez enregistré une version live de Parades, votre album précédent, avec un orchestre classique au Danemark, pouvez-vous nous en dire plus ?

Thomas Kirirath : Après la sortie du disque, quelqu’un nous a demandé de le jouer en concert avec un orchestre. Pour un petit groupe comme nous, c’était extrêmement excitant. Mais également très compliqué : ce disque n’avait pas été facile à faire et n’est pas à proprement parler facile à jouer. Et face à des musiciens professionnels pour qui tout est dans le détail, nous devions être parfaits et étions particulièrement stressés. C’était le truc le plus fou que l’on faisait mais en même temps, on se disait "plus jamais" ! Et encore, je n’en suis pas persuadé. Nous avons attendu un peu avant de nous lancer dans l’élaboration du nouvel album. Mais cette expérience nous a permis de nous diriger vers des chansons plutôt que vers un énorme édifice musical comme auparavant. C’était en fait très agréable de se laisser aller à quelque chose de plus simple, de se laisser séduire par des sonorités pop. Pour nous, il s’agissait vraiment d’une expérience.

Vous avez joué uniquement au Danemark avec l’orchestre ?

Mads Brauer : Nous l’avons effectivement joué deux fois au Danemark, puis ensuite à Leeds en Angleterre avant de le sortir en DVD. Après ça, nous avons également joué au Barbican à Londres avec un orchestre anglais. Nous devons nous produire aux Pays-Bas en juin prochain avec un nouvel orchestre, néerlandais cette fois. Et puis reviendrons à un format plus classique. Pour revenir à Parades, je préfère vraiment la version live à celle en studio : ce sont pourtant les mêmes titres que sur l’album mais joués en concert. Une sorte d’objet de niche avec… je ne sais pas… quelque chose en plus… Ce disque s’adresse vraiment aux fans d’Efterklang.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur la scène rock danoise car vue de la France, la Scandinavie se limite souvent musicalement à la Suède ?

Mads Brauer : C’est vrai que l’on a assez peu entendu parler de la scène danoise mais ça risque de changer dans les années à venir. Une scène incroyable est en train d’émerger depuis cinq ans. Certains d’entre eux vont devenir énormes, j’en mets ma main à couper. La grande différence est que maintenant les musiciens aspirent à vivre de leur musique, ce qui est tout à fait nouveau. Ces groupes touchent des auditeurs et ne se contentent plus de faire de la musique pour eux. J’imagine qu’en France, le marché est suffisamment grand pour que des musiciens puissent s’en sortir avec leur seul public français. Au Danemark, c’est impossible de faire de la musique indie et de penser en vivre. En effet, le marché national se restreint d’années en années car la majorité des gens n’écoutent plus que des trucs pop mainstream… Nous ne sommes pas les Strokes, pas du genre à faire quelque chose de super évident dans le but d’avoir du succès.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Mads Brauer : De plein de choses différentes et cela change suivant les albums ; difficile de trouver un fil conducteur à ceux-ci en terme d’inspiration. Musicalement parlant, nous sommes touchés par des gens comme Talking Heads, Robert Wyatt. Nous aimons aussi la musique actuelle : Why ?, les Walkmen… Les Dirty Projectors ainsi que Grizzly Bear ont fait de supers disques l’an passé. Plein d’artistes différents dans des styles divers. C’est surtout vrai pour nos disques les plus anciens mais nous sommes beaucoup influencés par les musiques des films d’Ingmar Bergman et de Werner Herzog, notamment un groupe appelé Popol Vu…

… la célèbre BO d'Aguirre !

Mads Brauer : Oui ! En fait, ils ont fait la bande originale de cinq ou six films de lui toutes aussi bien les unes que les autres.

Thomas Kirirath : Nous sommes ensemble depuis près de neuf et avons touché et été touchés par beaucoup de scènes différentes. Nos racines se trouvent dans la musique européenne, la musique d’avant-garde, la musique électronique, c’est pourquoi nous nous sentions proches de ces groupes allemands. Ces dernières années, nos influences se sont ouvertes géographiquement, d’où ce virage plus orienté vers le songwriting. La majorité de ce que nous écoutons a plus à voir avec la composition qu’avec les chansons.

Mads Brauer : Je pense effectivement que nous trouvons une partie de notre inspiration dans des styles qui sont à la base complètement différents d’Efterklang. Des groupes comme Band of Horses. J’aime beaucoup l’idée d’écouter des choses éloignées de ce que nous faisions, ça a toujours eu plus de sens pour moi.

Je n’ai jamais assisté à un de vos concerts. Comment cela se présente-t-il ?

Thomas Kirirath : Au début, on projetait des films à l’arrière de la scène, des trucs un peu bizarres, il fallait vraiment être attentif pour comprendre ce qui se passait. C’était assez amusant car nous étions néophytes de la scène : nous pouvions donc nous concentrer sur notre jeu car on savait que les gens regarderaient les images. Il s’est ensuite passé deux années sans que nous donnions le moindre concert car nous étions en train d’élaborer Parades. Après ça, notre volonté de remonter sur scène était grande mais avec l’envie de s’éclater. Notre attitude dans la vie avait véritablement changé. Nous avons également décidé d’arrêter les visuels pour deux raisons. Tout d’abord, pour que les gens se concentrent sur la musique car nos anciens films étaient vraiment trop magnétiques. Et puis nous voulions vraiment être à fond dans notre prestation, divertir le public. Nous avons beaucoup apprécié l’interaction avec le public, ce que nous n’avions jamais vraiment fait auparavant. Au lieu de jouer tout le temps concentrés, nous avons pris le temps d’expliquer au gens ce qui se passait : ça nous a vraiment changé !

Vous aimez les concerts en plein air ?

Mads Brauer : Nous en avons fait un cette année en France, à la place de la Bastille avec plein de groupes inconnus. Il y avait au moins dix ou vingt mille personnes. Je ne crois pas que la musique d’Efterklang soit adaptée à de telles circonstances. On préfère vraiment se produire sous une tente dans des festivals. On a besoin d’un certain confinement, que les gens puissent se poser. Notre musique n’est pas particulièrement accrocheuse mais ressemble à un assemblage de détails avec assez peu de changements. Les grandes scènes nous effraient, nous avons l’impression d’apparaître nus. Voir des groupes comme AC/DC se produire dans des stades sans pouvoir les approcher a pourtant quelque chose d’évident. La musique est en adéquation avec le lieu et ça fonctionne.

Thomas Kirirath : Au festival de Roskilde au Danemark, nous devions jouer sur une scène de 6000 personnes et l’organisation s’interrogeait si celle de 20 000 personnes ne conviendrait pas mieux… Je n’ai jamais répondu à leur message et c’était au final largement suffisant ! Dans ces conditions, on sait que l’on peut faire un bon concert et que les gens vont passer un bon moment.

Avez-vous du succès au Danemark ?

Thomas Kirirath : Apparemment oui ! Il y a deux magazines musicaux importants au Danemark et nous devions prochainement faire de l’un d’entre eux. Et puis juste avant de venir, nous avons eu un coup de téléphone nous annonçant que nous allions être en couverture de l’autre. Aucun groupe ne l’a fait auparavant !

Mads Brauer : C’est la première fois que nous allons faire une couverture ! C’est difficile de mesurer le succès dans l’absolu mais définitivement nous n’avons aucun succès commercial. Cela risque peut-être de changer un peu mais notre musique n’est pas du genre à culminer au sommet des charts. Beaucoup de gens au Danemark connaissent notre nom, beaucoup de gens ont du respect pour nous...

Thomas Kirirath : … mais assez peu possèdent un disque ou écoute notre musique. Il faut que tu nous aides à changer ça !

Est-ce que vous envisagez de faire de la musique toute votre vie ?

Thomas Kirirath : Quand nous avons commencé, nous rêvions de pouvoir vivre de notre musique. Nous pouvons le faire depuis plusieurs années et c’est vraiment fort que nous y soyons arrivés. Souvent nous nous disions que nous devrions prendre un travail normal car il nous a fallu pas mal de temps pour en arriver là.

Mads Brauer : Nous n’avons pas encore perdu cet instinct de sagesse nous faisant parfois dire "arrêtons tout et reprenons un job normal". Un peu comme si on avait du mal à réaliser que cela se passait vraiment.

Thomas Kirirath : En fait, je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il n’y avait pas ce groupe. Une chose est sûre, je ne serai pas dans un autre groupe…

Mads Brauer : Nous sommes conscients d’être vraiment privilégiés, de pouvoir mener cette vie agréable où nous rencontrons plein de gens. Même si cela est parfois crevant : partir en tournée, faire un album, ce genre de choses… Ce qui nous conforte quelque part dans l’idée que cela va encore durer quelques années.

Vous avez tourné avec plein de groupes géniaux, une anecdote à nous citer ?

Thomas Kirirath : Je crois que j’en tiens une belle. Nous sommes managers d’un label et le premier groupe que nous avons signé était Grizzly Bear, c’était en 2005. Ils ont ouvert pour nous lors d’une tournée en Scandinavie et ont ensuite signé avec un autre label avant qu’ils ne leur arrivent des tas de choses. Nous espérons maintenant faire leur première partie ! Il y avait une vraie amitié entre nous.

Mads Brauer : C’était génial de tourner avec eux, c’était la première fois que l’on passait autant de temps avec un autre groupe. Leurs références étaient très éloignées des nôtres mais nous avions l’impression de les connaitre depuis toujours. Je crois que l’on s’est mutuellement influencé. Nous avons beaucoup appris d’eux car ils sont vraiment brillants sur scène. Au début, nous étions impressionnés de les côtoyer et à la fin heureux d’avoir partagé de vrais moments avec eux. Sinon, nous faisons assez peu de premières parties, on trouve ça un peu ingrat (rires).

Thomas Kirirath : Nous avons fait la première partie de The National au Danemark. Nous faisons par contre beaucoup jouer les formations de notre label.

Si vous deviez définir ou résumer votre musique en trois mots, quels seraient-ils ?

Mads Brauer : Expérimental, orchestre, popmusic ou curiosité, amitié et mélodie.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Efterklang
Le Myspace de Efterklang

Crédits photos : Claude Brun


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# 2 août 2020 : Une petite pause s'impose

Le mois d'août arrive. Sans les festivals, l'actualité culturelle sera plus calme mais nous serons toujours là pour vous tenir compagnie chaque semaine notamment sur Twitch. Commençons par le replay de la Mare Aux Grenouilles #8 (la prochaine sera le 29 août) et bien entendu le sommaire habituel.

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