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Interview  (Paris)  17 mars 2010

Rencontre avec Arno en fin d'après-midi. Il est au milieu de la tournée promo de son nouveau disque Brussld. La journée a été longue, plusieurs sessions, interviews enchaînées depuis le matin, et il prend un avion pour la Suisse le soir même. Alors il se dope... au coca light. Ce qui frappe lorsqu'on rencontre Arno pour la première fois, c'est son côté massif, solide. Ensuite il y a la main qu'on serre, de bonnes grosses paluches. Et pourtant, il n'a rien d'un ours, il nous reçoit avec un grand sourire, commence à raconter quelques blagues, nous demande notre avis sur le Casino de Paris, une salle qu'il ne connaît pas. Il précise qu'il préfèrerait la configuration avec le public debout dans la fosse, il n'aime pas trop lorsque les gens sont assis.

Un des charmes d'Arno lorsqu'il parle, c'est cette voix râpeuse et les silences. Pour essayer de retrouver un peu de cela dans le texte, j'ai décidé de retranscrire sa langue, les formules telles qu'il les dit. Rencontre avec un mec qui en a, avec un Monsieur de la chanson, mais aussi avec un type comme tout le monde "qui a deux trous dans son nez".

Après quoi courez-vous encore après toutes ces années ?

Après ma bite. Comme tous les mecs. (rires)

C'est bien, ça prouve qu'elle est toujours devant vous (rires). Mais y a-t-il encore quelque chose que vous rêviez de réaliser en musique, ou dans le cinéma ?

La seule chose que je sais faire, c'est la musique. J'ai deux mains gauches. Et lorsque je ne fais pas de musique, je suis dépressif. Je suis accro à ça. Quand je fais pas de tournée, je tombe dans un trou. Je n'ai pas de hobby.

Brussld, est-ce une forme passée du verbe Brussel, comme dans le "Quand Bruxelles brusselait..." de Jacques Brel ?

Brussel de Jacques Brel n'est pas Brussel d'aujourd'hui. Brussel, c'est la capitale de l'Europe. Et sans l'Europe, Brussel n'existerait pas. À Brussel, on parle quatre langues : français, arabe, flamand et anglais. En français, c'est Bruxelles, en flamand Brussel, en anglais Brussels et en arabe ça se prononce Brixel ; je ne parle pas l'arabe. Je fais un mélange de tout ça. Il n'y a pas de banlieue chez nous, on vit ensemble. Ce n'est pas comme à Paris où il y a les banlieues. Il y a seulement un million de gens. Il y a autant de gens à Paris que dans toute la Belgique, c'est petit la Belgique.

Mais ce "d" au bout de Brussel, qu'est-ce qu'il veut dire ?

C'est parce que Brussel, ça bouge.

Sur une chanson comme "Mademoiselle", vous considérez-vous comme un chroniqueur ou comme un moraliste ?

Moraliste ? Non ! Pas du tout. Je suis un voyeur et un branleur. Moraliste, non. Je constate seulement. C'est une image d'une femme qui habite dans mon quartier. C'est son histoire passée aujourd'hui. Les gens, ils m'inspirent. Sans les gens, je ne fais pas des chansons. Et j'aime les gens.

Dans cet album, on sent un rejet général de la politique et de la religion. Pourtant, il est traversé de valeurs humaines profondes. D'où vous viennent ces valeurs ?

Mon éducation. Mon père, c'était un syndicaliste, de gauche. Mais comme il y a plus de socialisme dans un salon de coiffure que chez les socialistes maintenant... (rires) Le monde est en train de changer. On a vécu avec notre cul dans le beurre, ou dans les spaghettis, pendant des années. On est la première génération qui n'a pas connu la guerre. Mon père, il a connu une guerre. Mon grand-père, il a connu deux guerres. Mais pendant ces années-là, jusqu'à il y a cinq ans, tout va bien. Il y a la crise qui commence, ou on est déjà dedans. Et tout est en train de changer. Par exemple, il y a des métiers qui existent aujourd'hui, qui n'existent plus dans cinq ans. L'avenir, c'est un grand point d'interrogation. Et je le sens. J'ai aussi des enfants. Ils ont fait des études. Mais qu'est-ce qu'ils doivent faire ?

Je suis déjà content pour moi, car maintenant pour être chanteur de charme, c'est fini. Les maisons de disque, dans cinq ans, ça n'existe plus. Vendre des millions de disques, c'est fini. Je vois dans la branche où je suis, mais je vois le bazar qui change ailleurs aussi. L'Amérique n'a plus le pouvoir qu'elle a eu il y a cinq ans. Et l'Europe, c'est le petit frère de l'Amérique. On est dans le même bazar. Je vois ça. Ça m'inspire. J'écris des chansons de ça. Je vis avec plein d'écritures. J'utilise des musiques arabes et je suis confronté avec les anglais. Et j'ai des enfants de toutes nationalités.

Sur ce disque, je vous trouve plus citoyen qu'auparavant. Pas engagé, mais citoyen.

Oui, peut-être. Je suis en manque de révolte.

D'où la reprise aussi de "Get Up, Stand Up (Don't Give Up The Fight)" de Marley ?

Je suis un peu frustré. Les jeunes devraient être dans la rue. Mais il ne se passe rien. Ils sont ordonnés. Je ne comprends pas. Au zapping, une séquence a été diffusée dans laquelle on voyait de jeunes dire, à propos d'une soirée de binge drinking, "nos parents ont fait mai 68. Nous, on fait ça pour évacuer la pression".

Je ne comprends pas ça. Mai 68, c'était des étudiants, mais ils ont obligé des ouvriers à venir dans la rue. Mais mai 68, ce n'était pas seulement ça. La fin 60 début 70, c'était la première fois dans l'histoire que les jeunes ont eu une culture créée par eux-mêmes. Les jeunes des années 60, ils n'ont pas été habillés comme leurs grands-pères. Ils ne font pas la musique du grand-père. Il y a une nouveauté, un truc pour avoir sa propre identité. Et on ne s'ennuie pas. Je manque de ça. Peut-être ça va changer. Peut-être qu'il va y avoir une nouvelle génération qui va dire "écoute, on en a marre de ça". J'espère. Je ne sais pas dans quelle direction ça va aller. Même dans la musique tout est devenu rétro.

Dans le nouveau disque, le thème de la mort est à nouveau présent. Pourtant, j'ai l'impression que, plus que la mort, c'est le silence et la solitude que vous craignez.

Je suis seul. Je n'ai pas de femme. J'ai mes enfants, mais ils sont déjà grands. Ils sont partis. Les musiciens, ce sont mes amis. C'est pour ça que je fais des tournées.

Si je vous dis que vous êtes un chanteur "physique", aussi bien sur scène qu'à travers vos textes, cela vous convient-il ?

Ouais. C'est pour ça que quand on me demande "pourquoi tu fais pas du sport ?", je réponds "Je fais du sport. Je joue chez Arno" (rires). Pour moi, quand je chante, tout mon corps bouge. Plus comme avant, mais ça bouge encore. Chanter, pour moi, c'est très physique. Même quand je chante et que je suis assis, je bouge. J'ai des "spasmes rythmiques". (rires)

Vous êtes très professionnel. Sur scène, vous avez toujours un œil sur les musiciens. Cela fait quarante années que vous gérez votre carrière. Pourtant, vous avez cette image d'une personne souvent ivre. Quel est votre rapport à l'alcool ?

(silence) Quand je suis en tournée, je ne bois pas. Je bois quand je fais rien. C'est très dangereux quand je ne fais pas des concerts, je deviens alcoolique. Je dois faire des choses, autrement je bois.

Mais, y a-t-il des moments où vous ne faîtes rien, entre l'écriture, l'enregistrement, le cinéma ?

Je bois. Mais maintenant, je peux plus boire comme avant. Quand je bois, le lendemain, j'ai vraiment une gueule de bois, un black dog day. Je suis dans le surréalisme, et ce n'est pas gai. Je ne supporte plus l'alcool comme avant. Pas physiquement, mais mentalement. Ce n'est pas gai, je peux être dans le dépressif.

En parlant de surréalisme, dans "Elle pense quand elle danse", vous dites le prénom Marguerite, mais on entend "Magritte".

Le peintre. "Ceci n'est pas une pipe". Oui, j'ai pensé à ça. Le surréalisme, je suis aussi comme ça. Ce pays est surréaliste, Brussel est surréaliste. C'est un bordel. Brussel est ouverte comme une vieille pute. (rires)

Comment s'était passée la rencontre avec Bashung dans "J'ai toujours rêvé d'être un gangster" ? Pour tous les amateurs de rock et de chanson, ça reste une scène d'anthologie.

Je connais Alain parce qu'il était toujours à Brussel pour ses albums. Il a toujours pris mes musiciens, c'est pour ça que je le connais. Je le croise dans le studio, on se salue. C'était toujours "Bonjour Alain", "Bonjour Arno". Je l'ai vu au studio à la période quand il était un peu dans le bazar. Il a eu des problèmes avec l'alcool, il m'a dit ça. Pendant le tournage, je ne sais pas qu'il était déjà malade. Mais il fumait beaucoup. Et il buvait beaucoup de coca light. Je lui dis qu'il doit arrêter avec ça. Un an après, dans une interview, il dit qu'il ne fumait plus, et qu'il ne boit plus de coca light. Et il dit "c'est à cause d'Arno". (rires)

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Arno
Le Facebook de Arno


Laurent Coudol         
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