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puce Le crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne
Michel Onfray  (Editions Grasset)  avril 2010

Comment parler d’un livre sur lequel tout (ou presque) a été dit ? Sans doute en lui rendant son véritable sens en amont de toute polémique. L’ombre de Nietzsche plane sur l’ensemble de cet ouvrage, de son titre à ses derniers mots. Cette référence est explicitement revendiquée par Michel Onfray, même si le livre est dédicacé à Diogène de Sinoppe (le célèbre cynique maître dans l’art de la provocation). Onfray propose de relire Freud à l’aide d’une méthodologie nietzschéenne dont il s’est fait le spécialiste. Nietzsche, le premier à avoir posé la question "est-ce que ça pense ?", rejetant le primat de la conscience. Nietzsche qui prétendait que toute philosophie n’est qu’une autobiographie de son auteur. Onfray retourne l’histoire qui a fait de Nietzsche un précurseur de Freud et lit ce dernier à la lumière de son aïeul. On sent également un éclat de rire nietzschéen derrière ce travail puisqu’il s’agit d’appliquer à Freud une méthode qui n’est guère éloignée de celle que ce dernier employait avec d’autres, cherchant dans l’œuvre d’artistes (Léonard de Vinci, Goethe) les forces invisibles à l’œuvre, les mécaniques de sublimation, les souvenirs d’enfances refoulés… Onfray ne cherche pas à psychanalyser Freud, mais à penser les conditions d’émergences des concepts psychanalytiques à partir de la biographie de leur auteur. Si les concepts viennent résorber des tensions, ce sont des tensions existentielles, et non refoulées. C’est la raison pour laquelle il est fondamental, pour Onfray, de ne pas considérer la psychanalyse comme une science, mais comme une philosophie (condition pour que la méthode soit pertinente).

Onfray prétend écrire son livre par-delà toute condamnation morale : "Je ne m’installe pas sur le terrain de la morale moralisatrice en jugeant que le mensonge freudien (avéré) conduit tout droit à la nécessité d’un autodafé de Freud, de ses œuvres, de son travail et de ses disciples." (cf p 50). Il s’agit selon lui d’exhiber le véritable sens du travail de Freud dans sa trajectoire personnelle. Les éléments de biographie scabreux (figure du père, rapport à la famille, à ses maîtres…) ont été répétés dans la presse, je ne m’y attarde pas ici. L’essentiel est, dans ce livre, de parvenir à leur donner un sens qui ne les renvoie pas à une simple chronique voyeuriste (ensemble d’images d’Epinal auxquelles s’arrêtent la plupart des commentateurs). On peut cependant noter que le principe de charité initial est parfois oublié dans l’ouvrage, laissant place à des gausseries sur les croyances de Freud en la numérologie, la télépathie ou sur la mise en place de techniques de "guérison" qui prêtent aujourd’hui à sourire (pour empêcher les patients de se masturber par exemple). C’est peut-être négliger le fait qu’en cherchant à dégager un nouveau savoir il faille parfois s’engager dans certaines voies qui conduisent à des impasses (on ne le sait après tout qu’a posteriori). Le coût de ces errances est dans certains cas catastrophique pour les patients (erreurs de diagnostic répétées), mais le dénoncer, c’est se remettre dans le rang de la morale (qui est peut-être indépassable).

Onfray introduit son livre avec une mise en perspective autobiographique dans laquelle il parle de son admiration première de Freud, et des objectifs initiaux de son travail. Ce n’est qu’en allant fouiller dans la correspondance de Freud pour préparer ses cours à l’université populaire qu’il a découvert un personnage ne correspondant pas du tout à l’image que s’en fait le grand public (et lui à cette époque). La pensée freudienne a pris pour lui, à cet instant un tour différent qui est celui qu’il développe dans son ouvrage.

Les critiques de Freud ne sont pas neuves. Certains psychanalystes eux-mêmes (Jung, Reich) ont pris leur distance avec lui. L’idée que la psychanalyse n’est pas une science a été largement travaillée par Karl Popper, l’idée qu’elle n’est pas synonyme d’une libération mais d’un emprisonnement des désirs (sous une apparence de subversion) a été formulée par Deleuze et Guattari dans L’Anti-Oedipe. Sartre propose dans son livre phare L’Etre et le Néant une critique assassine de la mécanique de refoulement. On n’arrête pas d’en finir avec Freud. Qu’apportera ce livre de plus ? Une démystification de la légende de la découverte de la psychanalyse, et un détachement de la figure tutélaire du mouvement. La dernière phrase du livre propose une ouverture salvatrice : "La fidélité aux morts n’est pas dans la dévotion à leurs cendres, mais dans l’exercice de la vie qu’ils rendent possible après eux" (leçon ici aussi nietzschéenne). Espérons que ce livre puisse ouvrir à un véritable débat et à des réponses de psychanalystes qui ne jouent pas dans le seul registre de l’invective. Les passages de Michel Onfray dans les médias desservent cette leçon de vie. La couverture médiatique exceptionnelle entraîne le risque de faire de ce livre un simple best-seller. De nombreuses ventes, mais combien de lectures attentives ? Souhaitons qu’il en soit autrement et qu’il ne s’agisse là que du début d’un véritable échange… très mal engagé.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Michel Onfray


Philippe Gauthier         
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# 18 octobre 2020 : Le grand incendie

Plutôt que de subir ce nouveau couvre feu, faisons feu de tout bois et sortons, chacun avec nos moyens, la culture de ce marasme actuel. Voici donc le programme de la semaine sans plus attendre.

Du côté de la musique :

"Armand-Louis Couperin : pièces de clavecin" de Christophe Rousset
"Ce qui suit" de Mondo Cane
"Awaiting ship" de Dominique Fillon Augmented Trio
"Soné ka-la 2 odyssey" de Jacques Schwarz Bart
"Killing Eve + Australie" nouveau mix de Listen in Bed
"LP2" de Pointe Du Lac
"Jorn" de Box Bigerri
et toujours :
"Glover's mistake" de Mickaël Mottet
"Chanson d'amour" de Alexandre Tharaud et Sabine Devieilhe
"Deux mezzos sinon rien" de Karine Deshayes
"Visible(s)" de La Phaze
"Seven Inch" 2eme émission de la 2eme saison de LISTEN IN BED
"Introsessions EP" de Minshai
"Faune" de Raphaël Pannier Quartet
"Shaken soda" de Shaken Soda
"Y" de The Yokel
"L'ancien soleil" de Yvan Marc

Au théâtre :

les nouveautés :
"L'Art de conserver la santé" au Théâtre de la Bastille
"Don Juan" au Théâtre national de Chaillot
"On purge bébé" au Théâtre de l'Atelier
"Saccage" à la Manufacture des Abbesses
"Le Dernier jour d'un condamné" au Théâtre Essaion
"Jeanne d'Arc" au Théâtr de la Contrescarpe
"Here & Now" au Centre Culturel Suisse
"Virginie Hocq ou presque" au Théâtre Tristan Bernard
"Le destin moyen d'un mec fabuleux" au Studio Hébertot
les reprises :
"La promesse de l'aube" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Les Swinging Poules - Chansons synchronisées" au Théâtre L'Archipel
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec :
"Pierre Dac - Du côté d'ailleurs" au Musée d'art etd'Histoire du Judaïsme
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"L’Age d’or de la peinture danoise (1801-1864)" au Petit Palais
"Man Ray et la mode" au Musée du Luxembourg
"Victor Brauner - Je suis le rêve. Je suis l'inspiration" au Musée d'Art Moderne de Paris
"Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris

"Alaïa et Balenciaga - Sculpteurs de la forme" à la Fondation Azzedine Alaïa
"Pierre et Gilles - Errances immobiles" à la Galerie Templon

Cinéma :

at home avec :
"India Song" de Marguerite Duras
"De beaux lendemains" de Atom Egoyan
"La légende du piano sur l"océan" de Giuseppe Tornatore
"Une femme mélancolique" de Susanne Heinrich
"Atanarjuat, la légende de l'homme rapide" de Zacharias Kunuk

Lecture avec :

"L'ange rouge" de François Médéline
"Le prix de la vengeance" de Don Wislow
"De Gaulle, stratège au long cours" de François Kersaudy
"Georges Clemenceau, lettres d'amérique" de Patrick Weil et Thomas Macé
"Justice de rue" de Kris Nelscott
"Plus fort qu'elle" de Jacques Expert

et toujours :
"Etouffer la révolte" de Jonathan M. Metzl
"Infographie de la Rome antique" de John Scheid, Nicolas Guillerat & Milan Melocco
"L'accident de chasse" de David L. Carlson & Landis Blair
"Le voleur de plumes" de Kirk Wallace Johnson
"Mon père et ma mère" de Aharon Appelfeld
"Réparer les femmes : un combat contre la barbarie" de Denis Mukwege & Guy-Bernard Cadière
"Un coeur en sourdine" de Alexandra Pasquer

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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