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Interview  (Point FMR, Paris)  18 mai 2010

Woodpigeon est le groupe d'un seul homme, Mark Hamilton, auteur et compositeur. Mais Mark aime les belles productions, il multiplie les instruments dans ses chansons, et se retouve à la tête d'un collectif. Ce Canadien, de Calgary, a déjà publié trois albums. Le dernier Die Stadt Muzikanten est un petit bijou de finesse folk. Parfois les mélodies boisées s'électrisent ou deviennent symphoniques. Quoiqu'il en soit, la presse musicale britannique, dont les renommés Q et Mojo, sont sous le charme.

Inspiré par l'histoire de sa grand-mère, originaire de Brême en Allemagne, le nom de l'album vient du conte Les musiciens de Brême dans lequel un âne, un chien, un coq et un chat voyagent ensemble pour aller s'engager dans l'orchestre municipal de Brême.

Il y a un peu de Mark Hamilton dans cette histoire, lui qui ne sait pas rester en place et est presque en permanence sur les routes. Il a en partie écrit cet album à Berlin, mais a aussi vécu à Edinburgh, et même quelques mois à Paris. Aujourd'hui, il a très envie de découvrir l'Asie. Lorsque nous le rencontrons sur les bords du canal Saint-Martin, il a encore un sac sur le dos et sa guitare à la main.

De quel pays arrives-tu ?

Je reviens de Suède. Je suis aller voir un ami compositeur qui vit là-bas et qui organisait un festival de jeunes artistes. On logeait tous chez cet ami, dans une maison du XVIIIe siècle, trente personnes qui dormaient à même le sol. Après plusieurs jours à dormir par terre, j'ai envie de passer une nuit dans un bon lit.

Etais-tu déjà un peu routard avant de commencer à jouer avec Woodpigeon ?

J'ai voyagé pendant trois années. L'Europe de l'est. L'Écosse. Rome... J'ai aussi vécu à Paris quelques mois. Mais j'ai l'impression que je n'ai pas encore plein d'endroits à découvrir. Il faut que j'en vois toujours plus.

Qu'est-ce que tu cherches dans tous ces voyages ?

Je viens d'un endroit du globe, le Canada, qui n'a pas une histoire très ancienne, où l'architecture est généralement quelconque. Il y a certes les montagnes et la nature. Mais moi, j'ai faim de tout voir, de découvrir comment les gens vivent ailleurs... Je ne sais pas exactement ce que je cherche, mais l'envie de voyager m'habite en permanence. Rencontrer des gens et découvrir les endroits où ils vivent, comme hier encore en Suède. Et pourtant je ne parle pas le suédois. J'ai bien essayé d'apprendre quelques mots, mais c'est une langue très difficile. (rires)

La musique est-elle un bon moyen de lier connaissance lorsqu'on voyage comme toi ?

Bien sûr, c'est le meilleur moyen. J'ai des amis qui sont partis en lune de miel en Islande. Ils y sont restés deux semaines. A leur retour au Canada, ils m'ont expliqué qu'ils avaient cherché à parler aux gens qu'ils rencontraient mais qu'ils n'avaient pas vraiment réussi à établir de contacts amicaux. Moi j'y suis allé pour un concert, à la fin de la soirée, tout le monde venait discuter avec moi.

Tu as des origines européennes. Peux-tu nous en dire plus ?

Ma mère est originaire de Vienne, elle y est née juste après la guerre. Quant à mon père, il est d'origine écossaise. J'ai donc grandi avec des modèles plus germaniques et écossais que canadiens. Pour être honnête, je ne sais pas exactement ce que signifie être canadien. En tout cas, lorsque j'étais gamin, j'y trouvais mon avantage. En Écosse, on fête noël, le 24 décembre, et en Autriche, le 25. On me le fêtait donc 2 fois.

A travers ce disque, essaies-tu de réécrire ton histoire personnelle ?

J'essaie. Auparavant, je tenais un journal dans lequel j'écrivais jour après jour. J'ai arrêté de tenir ce journal à partir du moment où j'ai commencé à écrire des chansons. Il y a tant de choses à découvrir à propos de ses origines. Mon grand-père est décédé quand j'avais 5 ans, et ma grand-mère 3 jours après lui. Je ne l'ai pas connue assez longtemps pour qu'elle me raconte ce qu'elle avait vécu, ce qui était important pour elle. Écrire ces chansons me permet de m'en faire une idée.

Qui t'a raconté le conte des animaux musiciens ?

C'est ma mère. Sur le mur, comme dans chaque intérieur de la maison d'une famille allemande je suppose, nous avions une représentation des musiciens de Brême, avec l'âne, le coq... J'ai l'impression que je connais cette histoire depuis toujours. Quand j'étais tout petit garçon, je suis sûr que ma grand-mère a dû me la raconter, et ensuite ma mère.

Tu es auteur-compositeur des chansons de Die Stadt Muzikanten. Qu'est-ce que les autres musiciens du groupe t'amènent ?

Les gens avec lesquels je travaille ont, pour nombre d'entre eux, une formation classique. Ils ont fait le conservatoire. Moi, j'ai commencé à composer à l'âge de 25 ans. Alors lorsque j'amène une idée, une mélodie à la guitare, ils m'expliquent que je suis sur une gamme en do par exemple. Ils m'amènent une connaissance technique que je n'ai pas. Travailler avec eux, c'est un peu comme lorsqu'on murmure quelque chose à l'oreille de quelqu'un, cette personne va répéter à quelqu'un d'autre ce que vous lui avez raconté, mais en le déformant. C'est comme ça que ça fonctionne. J'amène des idées, des mélodies, ils l'interprètent à leur manière. Jusqu'à ce que ce soit quelque chose que j'aime, et qu'on garde.

Est-ce que ce n'est pas trop difficile de composer lorsqu'on est en voyage, loin de la maison ?

La dernière fois que je suis venu à Paris, j'avais un ukulélé que je transportais partout avec moi. Quand vous voyagez, c'est une sorte d'aventure, cela m'inspire, alors j'écris. Mais maintenant que je bouge sans cesse, ça devient aussi une aventure d'être chez moi. L'aventure est partout. (rires)

Il n'y a pas d'endroit où je me sente mieux qu'un autre pour écrire. Je vais bientôt rentrer au Canada. Le lendemain de mon arrivée, le service des parcs nationaux du Canada va fêter son centenaire. Pour l'occasion, je participe à un projet dans lequel on va m'emmener par hélicoptère au cœur d'une forêt, et on va me laisser là pendant une semaine. Ce sera une autre aventure. On est trois musiciens canadiens à participer à cette expérience créatrice, parmi lesquels Laura Barret qui vient d'accompagner les Magnetic Fields en tournée. Elle est de Toronto. Elle joue du Kalimba. On va composer et enregistrer notre musique, mais il y aura aussi le bruit des arbres, de la montagnes et sûrement les cris de plein d'animaux effrayants (rires).

Quelle chanson de ton disque préfères-tu ?

Voilà une question difficile. Je crois que ce sont les dernières chansons que j'ai composées. Enregistrer ce disque a pris beaucoup de temps parce que je voulais y mettre toutes mes idées. Mais je dirais que ma favorite est la numéro 12 "The streets noise gives you away", parce que c'est, en terme de composition, la direction vers laquelle je souhaite m'orienter désormais. Et aussi les trois dernières, et le morceau caché. Je composais de nouvelles chansons que j'ajoutais à la fin du disque au fur et à mesure que nous enregistrions. Ce disque est un peu comme Le Seigneur des Anneaux, il y a des fins à répétition.

D'après Platon, c'est le beau, le bien et le mal qui guident nos actions. Qu'est-ce qui guide les tiennes ?

C'est une philosophie que je veux bien faire mienne. Peut-être la recherche du beau, l'impression de faire le bien et fuir devant le mal. Tout le monde s'accorde à penser que c'est l'amour, qui dirige nos actes. Certes ça m'a inspiré beaucoup, mais aujourd'hui ce n'est plus mon moteur principal. Maintenant je crois que ce sont mes yeux qui dirigent mes actions, mon envie inassouvissable de découvrir plein de nouveaux endroits.

Crois-tu que les auditeurs ont des images qui leur viennent en tête lorsqu'ils écoutent ton disque ?

Je l'espère. J'ai fait des études de cinéma, mais aujourd'hui je crois que j'exprime mieux mes idées en musique. C'est important pour moi que les gens sachent que l'histoire de mes grands-parents est à l'origine du disque, mais il me semble tout aussi important que les gens puissent s'approprier ce disque et y projeter leur propre histoire familiale. Surtout au Canada où les gens ont tendance à oublier que nous sommes tous des immigrants de la seconde ou la troisième génération. On vient tous d'ailleurs. Si chacun pouvait voir les vieilles photos en noir et blanc de sa propre famille en écoutant ce disque, ce serait une belle image. C'est dommage, mais pour l'instant les gens me demandent plutôt à quoi ressemblait ma grand-mère. Ce que je peux dire, c'est qu'elle était très jolie.

Puisque tu as fait des études de cinéma, pourquoi est-ce que tu ne tournes pas toi-même les vidéos pour le groupe ?

Je crois que le cinéma m'a brisé le cœur parce que je n'ai jamais rien réalisé. Quatre vidéos de Woodpigeon existent pour l'instant. Deux sont des films d'animation, il y en a une dont j'aime particulièrement l'ambiance, c'est "A Moment's Peace for Mary Christa O'Keefe" dans laquelle on voit un homme en train de courir à travers une ville. Pour la dernière, "Oberkampf", je suis en train de chanter dans la forêt. Celle-ci je ne l'aime pas du tout, je ne voulais pas être filmé. Alors je me suis enfin décidé, je vais bientôt passer derrière la caméra pour illustrer une des chansons de l'album. Ce sera la première fois que je touche une caméra depuis bientôt dix ans. On verra bien si j'arrive à prendre autant de plaisir avec ce matériau qu'avec ma guitare. Je vais insérer à la vidéo des extraits de vieux films tournés à Calgary dans les années 50.

Vous êtes nombreux sur le disque. Comment cela se passe-t-il sur scène ?

Une fois, nous avons joué à 14 musiciens, mais généralement nous sommes plutôt neuf sur scène. Dernièrement, pour la tournée, nous n'étions que cinq. Chaque musicien doit alors jouer de plusieurs instruments. J'ai bien aimé cet exercice. On est obligé d'adapter les chansons, et le son est alors vraiment différent sur scène par rapport au disque.

Pourquoi, sur la pochette du disque, remercies-tu le "Department of Canadian Heritage" ? Et aussi depuis que tu as été nominé pour le "polaris prize", les victoires de la musique canadienne, l'année dernière, est-ce que tu considères tes disques comme une partie de cet "héritage canadien" ?

Le "Département de l'Héritage Canadien" est le département culturel qui gère les fonds d'aide aux musiciens. Mon projet a reçu des fonds, alors comme tout musicien qui reçoit une subvention pour son projet, je les remercie. C'est la tradition. Tu verras cette phrase sur beaucoup de disques de musiciens canadiens. C'est d'ailleurs grâce à eux que la musique indépendante existe au Canada. Quant à la seconde question, le Canada est un pays jeune et fascinant, il y Québec, le Canada Britannique, les indiens... Il y deux langues officielles, mais douze langues reconnues. Je crois qu'il est important de préserver l'héritage culturel de ce pays. Si j'écris une chanson, et que je la mets en téléchargement gratuit sur internet, elle est classée dans les archives de la bibliothèque nationale du Canada. As-tu, pour ta part, essayé d'écrire quelque chose ?

Quelques textes, mais rien qui n'ait été publié.

Tu peux quand même penser que si on trouve tes écrits dans quelques années, ils feront partie de l'héritage français. En même temps, au Canada, nous sommes un tout jeune pays qui ne peut pas s'enorgueillir d'avoir la richesse culturelle et patrimoniale de la France.

Lorsque j'ai voulu prendre le taxi en arrivant à Paris ce matin, je n'en ai pas trouvé tout de suite. Dans la file d'attente des taxis, une vieille dame engage la conversation avec moi. Je ne parle pas français, à peine quelques mots de québecois. Je lui dis "je suis canadien" (en français), elle me répond "comédien ?", "Non, canadien". Alors elle me raconte qu'elle était actrice dans les années 50. Je ne la connaissais pas, je ne sais pas si elle a eu ou non du succès. Mais quelle que soit la personne qu'on rencontre dans la rue, c'est peut-être quelqu'un qui porte une partie de l'héritage de son pays.

Quelles sont tes ambitions maintenant, et tes rêves pour Woodpigeon ?

Une question très simple (rires)… Je suis toujours étonné de pouvoir faire ça. J'écris. Avec le groupe, nous enregistrons dans la maison de quelques amis, ou dans leur studio. Je voyage. Je rencontre des gens. Ma seule envie est que ça continue encore longtemps. Je n'ai pas de plan pour les années à venir. Ce serait bien de continuer à enregistrer et que les gens continuent à écouter ma musique. Certes, même si c'est un boulot agréable, j'aimerais aussi pouvoir arrêter de travailler à la bibliothèque, ce qui me permet de boucler les fins de mois quand je suis à Calgary. J'aimerais bien pouvoir vivre de ma musique, et en profiter pour continuer à découvrir le monde.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Woodpigeon
Le Myspace de Woodpigeon


Laurent Coudol         
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# 21 février 2021 : et le chiffre du jour est 21

21 février pour cette édition et 21ème Mare Aux Grenouilles, déjà, à voir en replay dès maintenant. Pour le reste voici le beau programme de la semaine avec une sélection tous azimuts malgré le sale temps pour la culture.

Du côté de la musique :

"Freeze where U R" de Brisa Roché et Fred Fortuny
"Richard Strauss : An Eisamer Quelle - A une source solitaire" de Christophe Sturzenegger
"Encounter" de Beyries
"I, the bastard" de Wassailer
"Debbie et moi" de Thomas Cousin
"Only Smith and Burrows is good enough" de Smith & Burrows
"Tango" de Pascal Contet
"If you know, you know" le mix #13 de Listen in Bed à écouter
"Paysages" de Raphaële Lannadère
"Les molécules fidèles" de Emmanuel Tugny & John Greaves
"Dynah" de Dynah
et toujours :
"Qui naît dort plus" de Armande Ferry-Wilczek
"La beauté du jour" de Ben Lupus
"For the first time" de Black Country, New Road
"Spare ribs" de Sleaford Mods
"Vertigo days" de The Notwist
"Lumen" de Dalva
"Michel de la Barre : Suites et sonates" de Ensemble Tic Toc Choc
"Muses" de Karen Lano
"Road of the lonely ones" le Mix #12, saison 2 de Listen In Bed
Interview de Med dont nous vous présenterons le disque très bientôt
"Blue" de Rosie Balland
RosaWay et Belfour dans un petit ni vus ni connus pour parler de leurs clips

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"Un grand cri d'amour" de Josiane Balasko
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Dix ans de mariage" d'Alil Vardar
"Longwy-Texas" de Carole Thibaut
"J'ai des doutes" de François Morel
et de l'opéra revisité "La Dame Blanche" de François-Adrien Boieldieu
"La Flûte Enchantée" de Mozart
ou pas "Le Barbier de Séville" de Rossini

Expositions :

en virtuel :
"Botero, dialogue avec Picasso" à l'Hôtel de Caumont
“Calder Stories” au Centro Botín à Santander
"Le Voyage à l?époque d?Edo (1603-1868)" au Musée Cernuschi
"Ulla von Brandenburg - "Le milieu est bleu" au Palais de Tokyo
"L'Age d'or de la peinture danoise" au Petit Palais
"Claude Viallat - Sutures et Vari" à la Galerie Templon
"Sabine Weiss - Sous le soleil de la vie" à la Galerie Les Douches

Cinéma :

at home :
"L'Ombre des femmes" de Philippe Garrel
"Un amour de jeunesse" de Mia Hansen-Love
"Seule" de Mélanie Charbonneau
"Crème de menthe" de Philippe David Gagné et Jean-Marc E. Roy
"Pool" de Francis Magnin

Lecture avec :

"Aucune terre n'est promise" de Lavie Tidhar
"Histoire de l'armée italienne" de Hubert Heyriès
"L'inconnu de la poste" de Florence Aubenas
"La bombe atomique" de Jean-Marc le Page
"La fille du chasse-neige" de Fabrice Capizzano
et toujours :
"Yahya Hassan" de Yahya Hassan
"Cela aussi sera réinventé" de Christophe Carpentier
"De l'autre côté des croisades" de Gabriel Martinez-Gros
"L'instruction" de Antoine Brea
"La pierre du remords" de Arnaldur Indridason
"La sountenance" de de Anne Urbain
"Le premier homme du monde" de Raphaël Alix

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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