Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Arcade Fire
The Suburbs  (Barclay / Universal Music)  août 2010

Trois grands albums en autant d'essais, peu de groupes peuvent s'enorgueillir d'avoir réussi pareille prouesse. Pas même Radiohead (Pablo Honey est passé par là). C'est chose faite pour Arcade Fire qui, avec cette troisième livraison, se hisse au sommet de la montagne rock. Après trois ans d'une ascension fulgurante qui, de tournées marathon en enregistrements incessants, les a laissés sur les rotules, les Montréalais se sont octroyés une longue pause salvatrice. Ils reviennent habités d'une intensité et d'une fraîcheur intactes, avec des morceaux destinés à faire vibrer les spectateurs aux quatre coins du monde.

On attendait fébrilement The Suburbs, sans trop savoir à quoi s'attendre. L'enjeu était de taille et les questions multiples : Arcade Fire pouvait-il rationnellement nous décevoir ? Se vautrer dans la facilité ? Allait-il prendre une nouvelle direction ? En rajouter dans l'emphase ? Creuser plus profond encore que le ténébreux Neon Bible ? Suivre la voie mégalo tracée par U2 avec la volonté affichée de conquérir les plus grands stades du monde ? Ou enfoncer le clou et prouver au monde entier qu'ils méritent le titre de plus grand groupe actuel ?

Première impression : la folie géniale et spontanée de Funeral a laissé place à une maîtrise époustouflante. La joyeuse troupe ne lésine pas sur les moyens et met tout son cœur dans la bataille, comme elle l'a toujours fait. Arcade Fire ne sait pas faire les choses à moitié et c'est pour cela qu'on les admire tant.

Loin de faire du surplace, la fanfare rock canadienne offre de nouvelles pistes. On est cueillis par l'agressivité de "Month Of May". Paroles scandées, riff crasseux plus que classieux semblant sortir tout droit de la guitare du Queens Of The Crooked Vultures en chef, Josh Homme. Arcade Fire lâche complètement les chevaux et se mesure aux QOTSA sur leur propre terrain. On est très vite rassuré quant à leur puissance de frappe : "Empty Room", "Month Of May" et "Ready To Start" nous mettent littéralement en transe. "Modern Man", rengaine pop de haute volée, "Rococo" et son refrain entêtant, "Suburban War" (qui rappelle les meilleures compositions de The Coral ou The Shins), la lancinante et épurée "Wasted Hours" et surtout la splendide "Deep Blue" dévoilent un Win Butler interprétant avec une touchante sobriété des titres à la fragilité peu habituelle chez les canadiens.

Avec "Empty Room", on est davantage en terrain connu. Mais l'excellence des mélodies et la verve du groupe balaient tout sur leur passage : déflagration sonore, tempo effréné, guitares hurlantes, rythmique martiale, violons en sur-régime, chant de sirène québécoise : le morceau est une source de plaisir intense qui n'est pas prête de se tarir. "We Used To Wait" aurait pu être un "Rebellion (Lies)" bis, mais emprunte un chemin plus complexe fait d'étonnantes basses électro et d'arrangements luxueux. "Sprawl I (Flatland)", d'une tristesse magnifique, fait écho à "My Body Is A Cage". Cordes à fendre le cœur et Win Butler émouvant comme jamais.

Les deux moments les plus forts de The Suburbs sont répartis de part et d'autre de la galette. Le bouquet final "Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)" sonne comme une version haïtienne du "Heart Of Glass" de Blondie. Surtout, elle laisse transparaître chez nos protégés de surprenantes influences 80's (les arrangements font la part belle aux synthés). Parmi la pléthore de groupes de seconde zone ne jurant que par cette décennie, on crie régulièrement au mauvais goût. C'est ici admirable. Enfin, gardons le meilleur pour le début : "The Suburbs", éblouissante chanson-titre et merveilleux titre d'ouverture. Elle donne d'emblée le ton de l'album : plus radieux qu'à l'accoutumée. Tout simplement notre chanson préférée de l'album, une des toutes meilleures que le groupe ait jamais jouée, et jusqu'ici, plus belle chanson de l'année.

Petit jeu de piste obligatoire pour tout fan francophone qui se respecte : à quel moment du disque Régine Chassagne chante-t-elle en Français ? Si cela sautait aux yeux sur "Haïti" et "Black Wave / Bad Vibrations", cela nous a pris un moment pour entendre, à la toute fin de "Empty Room", caché derrière un mur de guitare et de cordes, ce "Toute ma vie est avec toi, moi je t'attends, toi tu pars".

Quant à son alter ego à coiffe d'iroquois, il nous prend par la main et nous entraîne dans des courses éperdues vers un ailleurs fantasmé, loin d'une réalité que l'on veut fuir, à la recherche d'une voie salvatrice. The Suburbs est hanté par le mal-être et les regrets adolescents ("Wasted hours before we knew where to go and what to do, wasted hours that you make new and turn into a life that we can live" - "Wasted Hours"), la nostalgie de l'innocence enfantine ("Now our lives are changing fast, hope that something pure can last" - "We Used To Wait" - / "If I could have it back, all the time that we wasted, I'd only waste it again" - "The Suburbs (continued)"), et surtout l'ennui profond de la vie en banlieue ("I feel like I've been living in a city with no children in it" - "City With No Children" -, "In this town where I was born, I now see through a dead man's eyes" - "Half Light II (No Celebration)").

Les thèmes du disque sont, comme auparavant, peu réjouissants. Mais la musique, lumineuse, apporte une légèreté qu'on ne leur connaissait pas. Il flotte sur The Suburbs un air de désenchantement sublimé par la grâce de mélodies imparables. Win Butler, qui n'a sans doute jamais aussi bien chanté qu'ici, prouve qu'il dispose d'une des voix les plus incroyables qu'on ait entendue depuis Thom Yorke. Tout au long du disque, il chante comme si sa vie en dépendait.

Le disque est sans doute un peu long – 16 titres, une heure de musique –, mais bien malin est celui qui trouvera un morceau à enlever de cette tracklist parfaite. On conseillera cependant une écoute en plusieurs parties pour bien s'imprégner de la profondeur des arrangements et de la qualité d'écriture du duo Win Butler/Régine Chassagne. S'ils en ressortent à chaque fois avec un album de cette trempe sous le coude, Arcade Fire peut bien prolonger son prochain congé à l'envi.

Disque d'une générosité et d'une ampleur peu communes, à la production étourdissante, The Suburbs est un enchantement de la première à la dernière note. Dans le marasme rock actuel, il est accueilli à juste titre comme une bénédiction. En attendant le prochain Radiohead – annoncé pour le début de l'année prochaine – voire le nouveau Strokes, Arcade Fire prend possession du trône et s'impose comme le groupe majeur de ce début de siècle. Bien loin de la grandiloquence pachydermique façon Muse ou de l'hypertrophie cérébrale de U2, Arcade Fire prouve qu'on peut plaire à un large public tout en créant une musique aussi exigeante qu'originale et en restant simple. Et ça, ça fait un bien fou.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album Funeral de Arcade Fire
Une 2ème chronique de l'album Funeral de Arcade Fire
La chronique de l'album Reflektor de Arcade Fire
Articles : Festival Rock en Seine 2010 - Programmation du dimanche - Wallis Bird - The Temper Trap - Success - The Black Angels
Arcade Fire en concert à la Maison de la Radio (White session) (9 mars 2005)
Arcade Fire en concert à l'Olympia (19 mars 2007)
Arcade Fire en concert à l'Olympia (20 mars 2007)
Arcade Fire en concert au Festival Les Eurockéennes 2007 (dimanche)
Arcade Fire en concert au Festival Summercase 2007 (vendredi)
Arcade Fire en concert au Festival des Vieilles Charrues 2007 (vendredi)
Arcade Fire en concert au Festival Rock en Seine 2010 (dimanche 29 août 2010)
Arcade Fire en concert à Halle Tony Garnier (vendredi 26 novembre 2010)
Arcade Fire en concert au Festival International de Benicàssim #17 (dimanche 17 juillet 2011)
Arcade Fire en concert au Festival Les Vieilles Charrues 2017 - du 13 au 16 juillet 2017
Arcade Fire en concert au Festival Les Vieilles Charrues 2017 - du vendredi au dimanche
L'interview de Arcade Fire (1er mars 2005)


En savoir plus :
Le site officiel de Arcade Fire
Le Myspace de Arcade Fire
Le blog de Pierre


Pierre Baubeau         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :


# 19 janvier 2020 : de De Gaulle à Rocard

Cette semaine encore beaucoup de choses à découvrir. D'un portrait de de Gaulle côté livre à l'affrontement Mitterand - Rocard au théâtre en passant par de la musique pop, classique et bien plus encore. En route pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Late night music" de Abel Orion
"Jaimalé" de Andriamad
"Everything else has gone wrong" de Bombay Bicycle Club
"Fire" de Burkingyouth
"Délie (Object de plus haute vertu d'après l'oeuvre de Maurice Scève)" de Emmanuel Tugny
"Dolci Affeti" de Ensemble Consonance & François Bazola
"Music is our mistress" de Grand Impérial Orchestra
"Vinyle, suite no 2" de Listen in Bed, émission numéro 8 à écouter
"Who are the girls ?" de Nova Twins
"When Oki meets Doki" de Okidoki
et toujours :
"Nougaro" de Babx, Thomas de Pourquery et André Minvielle
"True colors" de David Bressat
"Splid" de Kvelertak
"Bach, Handel : An imaginary meeting" de Lina Tur Bonet & Dani Espasa
"My favourite things", le podcast de Listen In Bed #8
"Turn bizarre" de Livingstone
"Le musc" de Petosaure
"En voyages" de Pierre Vassiliu
"Shadow in the dark" de Tiger & the Homertons
"Caipirinha" de Tiste Cool

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Una costilla sobre la mesa" au Théâtre de la Colline avec "Padre" et "Madre"
"L'Opposition - Mitterrand vs Rocard" au Théâtre de l'Atelier
"La Sextape de Darwin" au Théâtre La Bruyère
"hélas" au Théâtre de la Tempête
"Une histoire d'amour" à La Scala
"Le K" au Théâtre Rive-Gauche
"An Iliad" au Théâtre du Rond-Point
"Elephant Man" au Théâtre Le Lucernaire
les reprises :
"Architecture" au Théâtre Les Gémeaux à Sceaux
"En couple (situation provisoire)" à La Folie Théâtre
"Les vagues, les amours, c’est pareil" au Centrequatre
"La Vie est belle" au Théâtre Le Lucernaire
"Philippe Meyer - Ma radio heureuse" au Théâtre Le Lucernaire
"Opérapiécé" au Théâtre Essaion
"Julien Cottereu - aaAhh BiBi" au Théâtre Tristan Bernard
"Marion Mezadorian - Pépites" au Pont Virgule
et la chronique des autres spectacles à l'affiche

Expositions avec :

la dernière ligne droite pour :
"Mondrian figuratif au Musée Marmottan-Monet
"Vincenzo Gemito - Le sculpteur de l'âme vénitienne" au Petit Palais
"Toulouse-Lautrec résolument moderne"au Grand Palais

Cinéma avec :

"Le Réseau Shelburn" de Nicolas Guillou
Oldies but Goodies avec "Les Bostoniennes" de James Ivory dans le cadre de la rétrospective que la Cinémathtèque française consacre au réalisateur
et la chronique des sorties de janvier

Lecture avec :

"De Gaulle, portrait d'un soldat en politique" de Jean Paul Cointet
"Et toujours les forêts" de Sandrine Collette
"Lake Success" de Gary Shteyngart
"Nul si découvert" de Valérian Guillaume
"Sauf que c'étaient des enfants" de Gabrielle Tuloup
"Sugar run" de Mesha Maren
"Victime 55" de James Delargy
et toujours :
"Celle qui pleurait sous l'eau" de Niko Tackian
"Je suis le fleuve" de T.E. Grau
"La prière des oiseaux" de Chigozie Obioma
"Sang chaud" de Kim Un Su
"Un millionaire à Lisbonne" de J.R. Dos Santos

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=