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La Loge  (Paris)  juin 2012

Comédie dramatique écrite par le Collectif le Bruit qui court, mise en scène de Iris Trystram, avec Margot Alexandre, Nans Laborde-Jourdàa, Valentine Vittoz et Magali Woch.

Dans un atelier de soudure d'éléments de hauts-parleurs, trois travailleurs répètent à longueur de journée les mêmes gestes sur des machines sous le regard d'Irina, la chef d'atelier, qui lorsqu'elle intervient en cours de journée ne fait que les sermonner pour accélérer la cadence.

Lorsqu'ils travaillent, c'est en silence, ou plutôt dans le bruit des machines. Avant que la journée ne débute, ils échangent des banalités. Et dès que la sirène retentit, ils prennent leurs affaires et quittent leur poste le plus rapidement possible sans échanger un mot, pour retrouver leur solitude ou, pour Sophie, son mari étranger en attente d'un permis de travail.

Au rythme des machines, les corps effectuent des gestes répétitifs, sont maltraités. "Monsieur" doit bientôt venir visiter l'atelier, il faut donc trouver le moyen de satisfaire les attentes du maître des lieux, passer de la musique classique, lui offrir des fleurs.

Questionner c'est déjà désobéir, les travailleurs semblent atteints du syndrome de Stockholm vis-à-vis de leur hiérarchie.

À force de parler sous forme de formules toutes faites, de sortir des clichés et de se taire, les mots finissent par manquer, ce qui empêche l'échange entre des êtres pourtant seuls, qui ont besoin de se livrer parfois. Toujours moins de compassion. Toujours moins de solidarité. Parfois, lorsqu'on réalise assez de pièces à l'heure, un peu de temps pour s'évader par la pensée, pour rêver de mieux ou d'ailleurs.

Le Collectif Le Bruit Qui Court montre qu'il n'existe plus de contrat social dans l'entreprise.

Alors qu'il y a quelques années, la motivation des salariés était le facteur qui permettait d'améliorer une production qui n'est désormais plus bridée par le degré d'évolution de la technologie, aujourd'hui les stages destinés à souder les équipes, les "cercles de qualité", et même la recherche d'un meilleur équilibre entre vie privée et travail ont disparu du discours managérial.

La motivation s'obtient d'une part par la peur, la peur d'être déclassé voire licencié, d'autre part par des techniques copiées sur les méthodes employées dans l'industrie automobile japonaise dans les années 70.

Le texte du Collectif Le Bruit Qui Court illustre parfaitement ces techniques décrites par Satoshi Kamata dans "Toyota, l'usine du désespoir" paru en 2008 aux éditions Démopolis : disparition des marqueurs de statut social, signes indiquant le prestige du rang, demande de formulation de suggestions de "bonnes idées", productivité transformée en facteur d'identité et de prestige, stress émotionnel, épuisement physique, connaissance de la vie des subalternes à des fins de manipulation...

La parole, sans échange d'informations, ne fait que se mêler au bruit ambiant. L'idéologie dans l'entreprise condamne ceux qui critiquent la société, les individualistes, les dissidents, elle cherche à engoncer l'individu du carcan de la docilité collective, elle promet un épanouissement qui passe par le conformisme social le plus absolu, une fausse promesse de bonheur qui ne fait qu’exacerber l'anxiété et le sentiment d'impuissance des individus.

La force de cette pièce consiste à illustrer ces méthodes de coercition au sein de l'entreprise sans faire appel au discours, voire sans que les acteurs n'indiquent au spectateur ce qu'il doit comprendre puisque le collaborateur qu'ils interprètent finit privé de sa parole et de son libre-arbitre.

La mise en scène presque chorégraphiée d'Iris Trystram découpe cette journée de travail en saynètes qui décrivent la mise en oeuvre de ces méthodes de management et leur effets sur les individus.

Quant à la puissance des comédiens, forcément dans des registres de retenue, elle est indéniable. Valentine Vittoz interprète Irina, petit chef qui applique ces méthodes tout autant qu'elle les subit.

Magali Woch, nommée aux Césars 2005 pour "Rois et Reines" de Desplechin et figure familière du jeune cinéma d'auteur français, joue avec subtilité la nouvelle recrue, le maillon faible de la chaîne.

Margot Alexandre et Nans Laborde-Jourdàa sont tous deux convaincants en "collaborateurs" épuisés et vidés par la répétition machinales des mêmes gestes à longueur de journée.

Une pièce subtilement engagée et forte.

 

Laurent Coudol         
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