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Interview  (Château de Beauregard, Hérouville Saint-Clair, Calvados)  samedi 7 juillet 2012

Une petite demi-heure après un concert très électrique devant le public du festival de Beauregard, on rencontrait Dominique A pour évoquer avec lui sa dernière tournée. La salle de presse était occupée par un Sébastien Tellier très en forme, nous nous installons donc sur une petite table à l'écart, derrière le château, pour réaliser l'interview.

A l'issue de la rencontre, nous voyons une dizaine de photographes pointer leurs objectifs sur nous. Surpris, nous réalisons que ce n'est pas nous qu'ils veulent immortaliser sur leur carte numérique mais un type assis juste à côté. Le type se tourne vers nous et nous lance "Vous pouvez rester. Ce sont les photographes qui m'ont demandé de m'installer ici". Dominique A lui répond "On te laisse. On ne voudrait pas te gêner." Je demande alors à Dominique A "Mais c'est qui ?", et lui de me répondre "C'est Orelsan". J'ai perdu beaucoup de crédibilité ce jour-là.

On vous voit beaucoup actuellement. N'avez-vous pas l'impression d'être découvert par le grand public, et non plus seulement suivi par les médias spécialisés, après 20 ans de carrière ?

Dominique A : C'est un peu un retour à 96, au temps de "La mémoire neuve". Il se passait le même phénomène mais j'avais stoppé la machine. Or là je n'en ai pas du tout envie (Sourire). Ça reste progressif mais il y a un sentiment de découverte de la part des gens. Je m'en rends bien compte en festival par exemple. C'est assez rassurant pour moi. Certes j'aime l'indé, j'écoute de l'indé et je viens de là, pourtant je n'ai jamais considéré ce que je faisais comme une musique difficile à aborder ou spécifiquement indé. Tout artiste a envie d'aller vers un maximum de gens. Hier, j'ai rencontré un gamin de 11 ans, il m'a regardé avec un regard hyper intense et il m'a dit "j'adore vos chansons". Ce n'est pas quelque chose que je connaissais auparavant.

J'ai vu pendant le concert un gamin sur les épaules de son père qui tapait dans ses mains.

Dominique A : Oui, je l'ai vu aussi. J'espère simplement qu'il avait des bouchons d'oreilles. Il faut faire attention avec ça.

Après pas mal d'années passées à jouer en solo, vous semblez trouver un grand plaisir à de nouveau jouer en groupe.

Dominique A : Je me sens bien avec le groupe électrique. Ça fait déjà quelques années que nous jouons ensemble avec Sébastien Buffet, Thomas Poli et David Euverte. Jeff Hallam, à la basse, nous a rejoint récemment mais il travaillait souvent avec Sébastien. C'était donc une évidence d'autant qu'ensemble, ils forment une excellente section rythmique. J'aime bien cette idée de gang. Je l'ai créée périodiquement avec Sacha Toorop, Daniel Paboeuf ou Olivier Mellano par le passé. Daniel est d'ailleurs encore à mes côtés sur ce projet.

Mais cette idée de gang existe aussi avec l'équipe technique. Je travaille avec le même régisseur depuis dix-sept ans, avec Didier Martin aux lumières depuis treize ans. Je suis avec le même tourneur depuis mes débuts. Même si le public voit sur scène des groupes différents, il y a une constance qui fait que je ne me sens pas seul. Même lorsque je pars sur un projet solo à l'étranger, je suis la plupart de temps accompagné de mon régisseur. En terme de travail ou de son, j'oscille entre le groupe ou le projet solo. J'adore l'idée de parfois me retrouver face à moi-même, de voir où j'en suis. Et j'aime par-dessus tout me confronter... non, ce n'est pas le bon terme... échanger avec des musiciens. Et surtout dans une bonne ambiance, ça amène de la légèreté à des chansons qui, parfois ont des ailes de plomb.

C'est vrai que vous êtes abordable, toujours prêt à envoyer des petites piques amusantes au public. Or vos textes gardent toujours une certaine...

Dominique A : ... pesanteur. Ça me dépasse, mais je ne me bats pas contre ça. Je considère que c'est une forme d'honnêteté. Ça sort comme ça, il faut le travailler comme ça. Je suis bien avec ce genre de chansons. C'est en cela d'ailleurs que le travail en groupe est intéressant. Ça permet d'alléger le propos soit par l'énergie, soit par l'harmonie, soit par la rythmique, et ainsi d'éviter de surligner la noirceur du propos. Sur scène, l'énergie rock du groupe permet de dépasser l'espèce de tristesse qui court sur les chansons. Sur disque, c'est différent. J'ai toujours aimé faire des disques avec un côté contemplatif, dans lesquels la mélancolie est plus explicite. Sur le live, on sent bien que ça ne rigole pas dans ce que je raconte, mais les gens sont rattrapés par l'énergie. Par mes textes, j'exprime un ressenti. Je n'essaie pas de me brider, le contrôle ne m'intéresse pas.

Comment qualifieriez-vous "Vers les lueurs", votre dernier album, en terme de lumières puisque c'est une symbolique récurrente dans vos disques ?

Dominique A : Oui, on peut le dire (rire). Le précédent, "La musique", était bleu pour moi. Il y avait bien sûr la pochette, mais aussi le côté glaçant des arrangements. Celui-ci aussi se rapproche des couleurs de la pochette. Un peu de vert, des pointes de rouge. Mais surtout, celui-ci est moins crépusculaire. Pour "Vers les lueurs, la lumière était une thématique que j'avais encore envie d'accentuer par rapport à mes productions précédentes. Mais je vais désormais devoir m'interdire de chanter certains mots, voire de faire référence à la lumière.

Dans les disques que j'ai fait, lorsque j'essaie de faire passer cette sensation de luminosité dans la musique, souvent les pochettes étaient vraiment raccord. Pour Auguri, il y a les références au soleil qui passent aussi dans les images du livret. Pour celui-ci, c'est amusant parce que l'illustration a été réalisée avant que la moindre note ne soit enregistrée, mais je donnais les thèmes à l'illustratrice. Il n'y a pas de hasard, si ça correspond cela signifie que les thèmes abordés sont resserrés, que ça ne part pas de tous les côtés. C'est important pour moi d'avoir cette cohérence entre le contenant et le contenu.

Vous dites travailler depuis longtemps avec les mêmes personnes. Pourtant, pour les collaborations, vous travaillez souvent avec de jeunes artistes.

Dominique A : Ce sont souvent eux qui donnent l'impulsion. J'aime cette idée-là, ça me permet de m'ouvrir à d'autres sons, de mettre ma voix dans un environnement sonore qui sort de mes bricoles. Après si Stuart Staples (ndlr : chanteur de Tindersticks) me propose un duo, je veux bien aussi (rires). Que ce soit Robi, Ootiskulf (ndlr : chanteuse de La boîte à Ooti), Fedaden... ce sont eux qui me demandent, mais ils avaient éveillé mon intérêt auparavant. Soit je les avais vus sur scène, soit j'avais écouté sur disque. J'ai fait savoir que ça me plaisait, alors ils me sollicitent. J'aime bien cette idée d'être simplement chanteur. Parce que je suis moins sur le texte, ça me permet d'essayer vocalement des choses que je n'oserais pas forcément pour moi. C'est leur chanson, leurs paroles, leur histoire.

En actualité discographique, il y a aussi les rééditions de tous vos albums enrichis de faces b et d'inédits. Comment les morceaux ont-ils été choisis ?

Dominique A : Il y a un peu de tri, mais pas tant que ça. J'ai dû écarter une trentaine de morceaux, pas plus. J'aime cette idée d'inédits ou de compilations. Même si je sais pertinemment que certains morceaux sont anecdotiques ou secondaires, ils ont un intérêt pour moi dans la mesure où elles donnent un éclairage sur l'album officiel. C'est un peu un jeu de piste. Je croyais qu'il n'y avait plus rien et j'ai encore trouvé des choses il n'y a pas longtemps. Mais je ne vais pas en rajouter une couche aujourd'hui. J'ai vidé les tiroirs. Le seul truc rétrospectif qu'il pourrait encore y avoir, c'est avec Thomas Poli, mon guitariste, qui a un label indépendant. Il aimerait sortir un disque, un bel objet en édition limitée, de la version scénique de la "Fossette" que nous jouons actuellement sur scène. Mais rien n'est encore arrêté.

Finalement, avec cette rétrospective et le succès populaire de "Vers les lueurs", c'est une forme de nouveau départ ?

Dominique A : On craignait que les rééditions ne viennent parasiter la sortie du nouveau disque. Au contraire, ça a préparé le terrain. Les gens me découvrent à travers un single, puis découvrent qu'il y a eu d'autres albums avant. Ça me donne une assise, ça donne de la gueule à l'histoire auprès des gens. Le succès d'un titre c'est super, mais la reconnaissance d'un travail global c'est encore mieux. Je sais qu'il n'y a pas que du bon dans ce que j'ai écrit, mais je trouve intéressant de proposer l'intégralité de mon travail aux gens pour qu'ils puissent y puiser ce qu'ils veulent. Les gens ne se tournent pas forcément tous vers les mêmes morceaux. Ça me permet d'avoir des échos.

Beaucoup de gens m'ont dit adorer "Je t'ai toujours aimée". Ce n'est pas une chanson que je revendique particulièrement, c'est une reprise de Polyphonic Size. Mais ça m'interpelle, et je me dis que c'est certainement le bon moment pour la jouer à nouveau sur scène. Je conçois à nouveau le plaisir de faire plaisir au gens qui viennent me voir sur scène. En fait, je vais voir peu de concerts, mais je suis dernièrement allé voir Spain, dont je suis fan, à Bruxelles. Ils ont joué de vieux morceaux que j'adore. En tant qu'auditeur, j'étais tout fou. Je me suis rendu compte que c'était bien aussi de jouer certains morceaux que le public attend, et pas forcément des vieux morceaux obscurs. C'est un équilibre que je vais désormais m'efforcer de trouver, faire plaisir aux gens sans forcément tomber dans le côté démagogique du concert best of.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Dominique A
Le site Comment certains vivent
Le Facebook de Dominique A

Crédits photos : Pascale Borrell (Retrouvez toutes les photos du festival sur son site)


Laurent Coudol         
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