Comédie écrite et mise en scène par Sotha, avec Jean-Philippe Azéma, Frédéric Bonpart, Antoine Chain, Catherine Brych (ou Anne-Clélia Salomon), Manon Rony et Fred Saurel (ou Richard Leduc).

Avec "Les fous du IV bis" qu'elle qualifie de "comédie sérieuse" et de "spectacle déconseillé aux mineurs dépressifs", Sotha, grande prêtresse du temple historique du café-théâtre qu'est le Café de la Gare, livre une comédie hybride dans laquelle elle manie l'humour noir avec dextérité allié à une tendresse pleine d'humanité envers ses personnages.

Et donne le ton, qui ne tend pas vraiment vers le registre de la comédie, l'affiche du spectacle, une aquarelle au symbolisme étrange de Pierre-Jean Chérer au dessus de laquelle flotte un regard, celui du comédien Patrick Dewaere qui s'est suicidé en 1982.

Le IV bis est le numéro d'un pavillon d'une clinique psychiatrique baptisée pudiquement maison de repos pratiquant une méthode de psychothérapie originale et expérimentale, une variante de la thérapie de groupe sans thérapeute, dans lequel sont réunis des patients conscients et consentants.

En l'occurrence trois quadras qui manifestent le même syndrome d’épuisement personnel qui les a amenés à se déconnecter de la réalité : un aristocrate grand reporter-photographe qui a toujours raté le scoop (Jean-Philippe Azéma), une victime du burn-out (Frédéric Bonpart) et un compositeur de parfum (Fred Saurel) qui se retrouve tous les après-midi pour leur séance quotidienne sous la surveillance passive d'une gentille infirmière (Manon Rony) et d'un psychothérapeute névrosé (Antoine Chain).

Et ils font les fous. Une catharsis que va troubler l'arrivée d'une nouvelle patiente naufragée, une femme médecin qui a sévi dans l'humanitaire avant de se reconvertir dans la médecine du travail (Anne-Clélia Salomon).

Pour camper ces feux follets qui, entre deux pieds de nez "nique la mort", ne font que passer dans ce pavillon métaphorique, ces personnages ordinaires - dont le nom commence par la même lettre "D" - cabossés par la vie, qui, chacun à leur façon, du désenchantement, du désespoir ou du pathétique, n'ont pas tout à fait levé le masque et (se) donnent encore le change, les comédiens jouent finement sur la corde raide de la comédie de la vie et du mal de vivre.

Certes ils prêtent souvent à rire, non le gros rire de la farce bouffonne mais le rire du burlesque et c'est une belle réussite.