Texte et mise en scène de Richard Demarcy, interprété par la compagnie du Naïf Théâtre avec Antonio Da Silva, Jean-Clément Doukaga, Nicolas Le Bosse, Afonsina Ngau-Domingas et Mariana Ramos.

Placé entre le XIX e et le XVIII ème arrondissement de Paris, le Grand Parquet ouvre ses portes au cœur d'un quartier populaire. Assemblage d'un chapiteau et d'un parquet en bois de plus de 300 m 2 , ce lieu temporairement installé pour une durée de deux ans inaugure une première saison culturelle plus que prometteuse.

Première étape avec la troupe du Naïf Théâtre dirigée par Richard Demarcy, auteur et metteur en scène de la pièce actuellement représentée, Oye Luna (publiée chez Actes Sud sous le titre "Les Deux Bossus").

La nuit tombe, je me glisse depuis le métro La Chapelle jusqu'à la rue du Département, ignorante de la configuration des lieux et impatiente de découvrir ce qui m'attend. Je passe un portique (grand ouvert) et parviens jusqu'à un asphalte anciennement déserté et désormais recouvert d'une immense structure rectangulaire rouge et jaune. Devant l'entrée, quelques membres de l'équipe du Grand Parquet : l'accueil est chaleureux. On m'invite à pénétrer dans "l'antre" et j'obtempère quelque peu intimidée par l'atmosphère intimiste qui se dégage à travers l'embrasure.

À l'intérieur, tout n'est que toile et bois. La faction est simple – l'endroit, éphémère – mais le résultat est un vrai délice pour les yeux. La scène a été recouverte de feuilles mortes ; je m'installe sur les gradins parmi les bambins et autres habitants du quartier ; une femme chuchote des mots (en brésilien ?) à son voisin de gauche, juste derrière moi ; plus loin, une mère câline ses deux petites filles lovées dans ses bras. Puis c'est le noir.

Sur scène, des acteurs venant d'horizons multiples : un portugais, un français, une angolaise, une cap verdienne et un gabonais. L'histoire (aux allures de conte) est simple. Deux bossus rivés sur leurs dossiers et machines à écrire doivent faire parvenir aux villageois de la Grande Forêt, une mauvaise nouvelle : les arbres doivent être coupés. Mais les esprits de la forêt (rythmé par l'interprétation vitaminée d'Alfonsina Ngau-Domingas) s'en mêlent, transformant leur périple en véritable voyage initiatique ponctué d'embûches. S'en suit une heure de spectacle pour le plus grand bonheur de nos yeux et de nos oreilles.

Car ce spectacle, créé aux Îles du Cap-Vert, est un condensé éclatant de toutes les cultures : cultures du monde d'une part, avec son récit aux contours universels et sa langue oscillant entre français et créole capverdien ; et décloisonnement des genres artistiques de l'autre (théâtre, danse, chant).

S'il n'y avait qu'une raison d'assister à la représentation d'Oye Luna, ce serait certainement ce mélange subtil de sonorités (parlées, chantées, mises en mouvement) qui entraîne les spectateurs dans un monde libéré de tout attache spatio-temporelle. D'ailleurs les bambins du premier rang ne s'y trompent pas, libérant une déferlante de rires à chaque séquence de bagarre, digne des scènes les plus burlesques de la Comedia del Arte .

Entre rires et enchantements, l'aventure vous mènera loin.

Vous êtes donc averti : le spectacle est à déguster en famille et sans modérations. Et en prime, le dimanche à l'issue de la représentation, un récital de chants et musiques du Cap-Vert par Mariana Ramos, voix chantante d'Oye Luna . Qui plus est, pour les gourmands (m'a-t-on chuchoté), quelques surprises et spécialités gastronomiques sont réservées ce même jour à la buvette.

Courrez vite au Grand Parquet ! Après le 17 avril, il sera trop tard !