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Manufacture des Abbesses  (Paris)  avril 2018

Comédie dramatique de Frank McGuinness, mise en scène de Patricia Kessler, avec Damian McCann, Leslie Clack et Jerry Di Giacomo.

Ecrite en 1992 par le dramaturge irlandais Frank McGuinness, "Someone Who'll Watch Over Me" aborde un thème très contemporain, celui des Occidentaux enlevés et détenus par des groupes de combattants rebelles dans des pays en guerre.

Il s'agit pour eux de faire connaître leurs causes et, en général, d’obtenir des rançons des gouvernements de leurs prisonniers pour envisager de libérer ceux-ci.

Ici, l'action se passe à Beyrouth et Frank McGuinness a pris pour modèle l'enlèvement de l'écrivain irlandais Brian Keenan de 1986 à 1990 par le "Djihad islamique". Dans "An Evil Cradling", Keenan a raconté sa très longue séquestration et comment il a tenu pendant cette épreuve grâce à l'amitié qu'il avait nouée avec un autre otage.

Si Frank McGuinness situe clairement "Someone Who'll Watch Over Me" au Liban, il a voulu universaliser son propos et n'a pas oublié qu'il était issu d'un pays ravagé lui aussi par un conflit où les enlèvements ont été une arme employée par les groupes armés protestants et catholiques.

Sa pièce n'expose pas crûment les souffrances des trois hommes attachés par une chaîne à un agglo et croupissant à même le sol avec seulement une couverture et une ration d'eau. Certes, le lieu représenté est sordide, mais, tout au moins dans la mise en scène sans artifice de Patricia Kessler, il est éclairé "normalement".

Les trois personnages ne se plaignent d'ailleurs pas, sauf quand ils sont à bout de nerfs ou que la peur de mourir surgit, faisant craquer le mur étanche qu'ils essaient de bâtir contre la barbarie en parlant de choses et d'autres, en mimant par exemple des scènes de films, des soirées au pub ou des parties de tennis.

Dès le début, le prisonnier américain, arrivé là en premier expose le théorème de base : ne jamais pleurer, ne jamais montrer aux geôliers qu'on pleure. Au contraire, il faut rire, être gai, se maintenir en forme, lutter sans cesse contre l'abattement et peut-être pire contre l'ennui par une solidarité sans failles entre eux. Bien sûr, il est normal de se chamailler parfois, mais, et chanter des chansons de leurs pays respectifs aura son importance pour y parvenir, il faut rester à l'unisson dans cette humanité qui leur est niée dans ce cagibi où ils sont enchaînés.

Ainsi un docteur étasunien (Jerry Di Giacomo), un journaliste irlandais (Damian McCann) et un professeur anglais (Leslie Clark) vont devenir une entité moralement bien supérieure à un trio au départ hétéroclite et n'ayant en commun qu'un compagnonnage d'infortune.

L'écriture de Frank McGuinness est parfaite pour faire comprendre au spectateur qu'au lieu de s'enfoncer hors de leur condition humaine, comme cela devrait être le cas, ils sont, au contraire, capables d'exalter et de transcender au maximum cette compréhension mutuelle qui les maintient dans le rang des hommes et fait d'eux, dans ces circonstances particulières, de véritables héros même s'ils se passeraient bien de ce vocable.

Jouée en anglais sans être surtitrée, la pièce de Frank McGuinness est vraiment à la portée d'un auditeur maîtrisant moyennement la langue de Shakespeare. L'auteur fait tenir à ses personnages des propos assez simples à comprendre et surtout le trio d'acteurs sait faire vivre les nuances d'un texte où l'émotion est à chaque tournant d'une phrase puisque chacun se raconte et va puiser dans ses souvenirs des moments oubliés ou jamais contés.

Evidemment, en choisissant de ne jamais montrer le "off" constitué des ravisseurs, de ne jamais faire en sorte que leurs victimes ne les évoquent pas beaucoup et ne les personnalisent jamais, Frank McGuinness ne crée pas une tension dramatique "primaire".

Pareillement, on ne sait rien des contacts qu'ils ont ou pas avec leurs proches ou leurs gouvernements. On suppose qu'ils sont très limités quand Michael, Adam et Edward s'amusent à écrire des lettres imaginaires. Enfin, à l'inverse de ce que ferait sans doute un auteur français, Frank McGuinness ne se permet aucune trivialité, aucune allusion sexuelle : sa geôle n'est pas une chambrée...

On laissera au spectateur la découverte de la résolution de cette pièce qui, mine de rien, fait partager vraiment la captivité de trois reclus et cela sans jamais être ennuyeuse, même si on ne perçoit pas totalement toutes les subtilités de la langue anglaise. En sortant, on aura une pensée pour tous ses captifs de hasard qui auront pris corps grâce à ce beau moment de théâtre qu'est "Someone Who'll Watch Over Me".

 

Philippe Person         
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# 17 février 2019 : Presque le printemps

De Kafka à Kukafka, Miossec à Berlioz, il y a de quoi lire, voir, écouter cette semaine dans la petite sélection culturelle de nos chroniqueurs. En route pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Gallipoli" de Beirut
"Ulysse et Mona" de Minizza
Rencontre avec Miossec autour de son album "Les Rescapés"
Une discographie d'Hector Berlioz par Jérôme Gillet
"Been meaning to tell you" de Ina Forsman
"4eme jour, Kan Ya Ma Kan" de Interzone
"A thousand days" de June Bug
EP de Bertille
"Morning room EP" de Catfish
"Souviens toi" de Laurent Montagne
"Blood siren" de Sarah McCoy
"Complètement flippé" de 16 Kat
et toujours :
"Persona" de Betrand Belin
"Les rivages barbelés" de Intratextures
"The mirror" de Nicolas Gardel et Rémi Panossian
"La révolte des couverts" de Wildmimi
"The sublime" de Yeruselem
"Aksham" de Aksham
"Last train" de Big Dez
"Tightrope EP" de Bigger
Caroline Loeb au Grand Point Virgule pour jouer "Comme Sagan" en live
Présentation du 11ème festival de Beauregard et de sa programmation
"Kalune EP" de Kalune

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Kafka sur le rivage" au Théâtre de la Colline
"Matin et Soir" au Théâtre de l'Aquarium
"J'ai pris mon père sur mes épaules" au Théâtre du Rond-Point
"Pourquoi dis, m'as-tu volé mes yeux" au Théâtre La Croisée des Chemins
"Les membres fantômes" au Théâtre La Flèche
"Le bois dont je suis fait" au Théâtre de Belleville
"Peur(s)au Théâtre L'Etoile du Nord
"A vue" au Théâtre de la Tempête
"Merci" à La Folie Théâtre
"Barber Shop Quartet - Chapitre IV" au Théâtre Essaion
"Maria Dolorès y Habibi Starlight" au Café de la Danse
les reprises:
"Grande" au Centquatre
"Politiquement correct" au Théâtre de l'Oeuvre
et la chronique des autres spectacles à l'affiche en février

Expositions avec :

"Roux ! De Jean-Jacques Henner à Sonia Rykiel" au Musée Jean-Jacques Henner
et dernière ligne droite pour "Rodin - Dessiner Découper" au Musée Rodin

Cinéma avec :

le film de la semaine : "Le jeune Picasso" de Phil Bradsky

Lecture avec :

"Dans la neige" de Danya Kukafka
Interview de Nylso dans le cadre du festival de la Bande Dessinée d'Angoulême
"L'île longue" de Victoire de Changy
"La main noire" de Robert Vincent illustré des musiques de Anthony Reynolds
"Le manufacturier / responsabilité absolue" de Mattias Köpling / Jocko Willink & Leif Babin
"Sans compter la neige" de Brice Homs
"So sad today" de Melissa Broder
et toujours :
"Angola janga" de Marcelo D'Salete
Interview de Stella Lory dans le cadre du festival de la BD d'Angoulême
"Gangs of L.A." de Joe Ide
"Hunger : une histoire de mon corps" de Roxane Gay
"L'Amérique derrière moi" de Erwan Desplanques
"L'ombre d'un père" de Christoph Hein
"Le président des ultra riches" de Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot
"Que faire des cons ?" de Maxime Rovere
"Une éducation" de Tara Westover

Froggeek's Delight :

"I Will Survive" petit tour d'horizon des jeux dits "Survival"

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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