Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce La Fabrique des salauds
Chris Kraus  (Editions Belfond)  août 2019

Voilà un livre dont on n’a pas assez entendu parler à mon goût et qui fait partie (toujours selon moi) des grands livres de la rentrée littéraire, de ces lectures essentielles qui marquent les lecteurs. Cet ouvrage est celui d’un auteur que je ne connaissais pas, un certain Chris Kraus, un allemand qui a débuté une carrière de journaliste et d’illustrateur avant d’étudier à l’Académie Allemande du film et de la télévision de Berlin. Il est l’auteur de plusieurs films et de quelques romans dont La Fabrique des salauds qui est son premier roman à paraître en France, publié par les éditions Belfond.

C’est un ouvrage hors norme que nous propose Chris Kraus, un livre d’une grande ambition particulièrement profond. C’est une grande fresque historique sur près de trois quarts de siècle que nous propose l’auteur allemand avec son dernier ouvrage. Il fallait donc pas moins de 900 pages pour couvrir l’histoire d’une dizaine de personnages dans l’Allemagne de 1900 à 1975.

1975. Deux patients réunis dans la chambre d’un hôpital bavarois. L’un est Konstantin Solm, dit Koja, un vieil homme avec une balle nichée dans la tête. Un soir, Koja commence à raconter son histoire, et il ne pourra plus s’arrêter. Il va nous raconter son enfance dans une famille lettone à Riga dans les années 20 ; la relation destructrice qui l’unit à son frère Hub ; leur passion pour Ev, leur sœur adoptive, orpheline juive ; l’embrigadement dans la Wehrmacht avec son frère ; leurs vies d’espions pour le KGB mais aussi pour le Mossad.

Pour écrire cet ouvrage, l’auteur s’est appuyé sur des archives familiales. Parmi ses secrets de famille se trouvait chez Chris Kraus un grand-père qui appartenait aux Einsatzgruppen, ces commandos de la mort chers à Hitler qui sévissaient en Europe de l’Est. De ce destin particulier, l’auteur en a tiré un ouvrage magistral autour de l’histoire des Solm, celle d’un ménage à trois électrique qui plonge le lecteur dans de terrifiantes zones d’ombre, où morale et droiture sont bafouées sans pitié, nous rappelant un ouvrage qui connut un grand succès il y a une dizaine d’années, Les Bienveillantes de Jonathan Littell.

Le narrateur du livre, Koja, celui qui possède dans la tête une balle, se décide à la fin de sa vie à se confier à son voisin de chambre dans un hôpital, un vieux hippie, sur un passé qu’il n’a jamais raconté. Koja symbolise le 20ème  siècle qu’il a vécu dans ce qu’il possède de plus monstrueux, il est le témoin et l’acteur de cette histoire compliquée faite de trahisons et de mensonges. Il explique à son voisin de chambre comment il est devenu un nazi, les raisons de sa criminalité, son entrée chez les SS, sa proximité avec Himmler et Heydrich. Il lui raconte ensuite comment il se mettra après au service du KGB, de la BND et de la CIA et même du Mossad. Il nous raconte aussi l’histoire de son frère, Hub, qui traversera comme lui la guerre et l’après-guerre en véritable salaud. Entre eux deux, une sœur adoptive, Ev, qui va être la maîtresse et l’épouse des deux frères.

Chris Kraus ne nous parle pas seulement de la guerre, son ouvrage parle aussi de l’après-guerre, une période aussi turbulente avec la mise en place de la guerre froide, la naissance des services secrets américains (et leur compromission avec des anciens nazis) et israéliens, les procès de nazisme, la création de la RFA et de la RDA (avec aussi l’intégration d’anciens nazis du côté de la RFA).

La grande qualité de l’ouvrage repose sur de nombreux éléments. Tout d’abord, il y a l’écriture de l’auteur, de grande qualité qui nous emporte dès les premières pages. Ensuite, il y a cette formidable idée d’y placer ce narrateur aux côtés d’un hippie trente ans plus jeune qui ne demande rien, qui ne veut rien savoir et qui va au fil des révélations de son salaud de voisin devenir et représenter notre conscience et notre mémoire collective. Et enfin, il y a ce ton employé par le narrateur, cette manière de se distancier des horreurs qu’il a commis qui donnent des sueurs froides au lecteur et un sentiment de malaise (et de nouveau on pense à l’ouvrage Les Bienveillantes). Les faits qu’il relate le sont toujours avec une froideur saisissante en tentant souvent de mettre une distance entre ses actes et sa responsabilité. Il cherche très souvent à passer du statut de bourreau à celui de victime.

La Fabrique des salauds est donc un ouvrage extrêmement dense, une autre façon d’aborder l’histoire qui nous fait beaucoup réfléchir sur cette période tourmentée de la guerre et de l’après-guerre. Chris Kraus nous propose un immense ouvrage, parfaitement documenté qui mêle adroitement histoire et fiction. L’ouvrage est en ce sens très troublant et déroutant du fait que l’on a souvent du mal à savoir et à comprendre où s’arrête la fiction et où démarre la réalité historique.

Je vous conseille donc vivement cet ouvrage qui fait partie de mes livres préférés lus durant cette rentrée littéraire.

 

En savoir plus :
Le Facebook de Chris Kraus


Jean-Louis Zuccolini         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco

• Edition du 2020-09-20 :
KGB - Napoléon, dictionnaire historique - Bernard Lecomte - Thierry Lentz
Fin de combat - Karl Ove Knausgaard
La Danse du Vilain - Fiston Mwanza Mujila
De soleil et de sang - Jérôme Loubry
Louis XIV, roi du monde - Philip Mansel

• Edition du 2020-09-13 :
Mes fous - Et si on arrêtait de faire semblant ? - Jean-Pierre Martin - Jonathan Franzen
Ensemble, on aboie en silence - Gringe
Hourra l'Oural encore - Bernard Chambaz
Apeirogon - Colum McCann
Ce lien entre nous - David Joy
Dans la vallée du soleil - Les dynamiteurs - Andy Davidson - Benjamin Whitmer
 

• Archives :
La rentrée Littéraire 2020 - Tour d'horizon de la rentrée
Churchill - Andrew Roberts
Le monde du vivant - Florent Marchet
Des vies à découvert - Barbara Kingsolver
La chasse aux âmes - La discrétion - La grâce - Sophie Blandinières - Faïza Guène - Thibault de Montaigu
Le lièvre d'Amérique - Mireille Gagné
Qui sème le vent - Marieke Lucas Rijneveld
La préhistoire, vérités et légendes - Eric Pincas
Rumeurs d'Amérique - Alain Mabanckou
La révolution, la danse et moi - Alma Guillermopietro
Soleil de cendres - Astrid Monet
La chambre des dupes - Camille Pascal
Cinq doigts sous la neige - Jacques Saussey
Walker - Robin Robertson
Jazz à l'âme - William Melvin Kelley
Les nuits d'été - Thomas Flahaut
Frissonner dans la nuit - # 11 à 20
Le Feuilleton radiophonique en podcast - # 11 à 19
Roman à lire, voir et écouter - # 11 à 18
Les mythes de la Seconde Guerre mondiale - Jean Lopez & Olivier Wieviorka
Carnaval - Hector Mathis
Patagonie route 203 - Eduardo Fernando Varela
Une bête aux aguets - Florence Seyvos
Les Lettres d'Esther - Cécile Pivot
Ceci n'est pas une chanson d'amour - Alessandro Robecchi
L'autre moitié de soi - Brit Bennett
Gangrène, une histoire d'amour - L.-J. Wagner
Betty - Tiffany McDaniel
Héritage - Miguel Bonnefoy
Beyrouth entre parenthèses - Sabyl Ghoussoub
- les derniers articles (12)
- les derniers expos (31)
- les derniers films (2)
- les derniers interviews (28)
- les derniers livres (2068)
- les derniers spectacles (1)
           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=