Quand le photographe et son modèle ne font qu'un. Et que soi est un autre. Et que derrière cet autre il y a toujours soi.
Laurence Demaison, photographe française, lauréate du prix de la Fondation CCF pour la photographie en 2002, expose à la Galerie Esther Woerdehoff des autoportraits sublimes dans lequel elle se montre telle qu'elle est sans jamais se dévoiler.
Depuis 1994, elle procède à une interrogation permanente de son corps. Une réflexion sur soi, introspection, narcissisme mortifère, répulsion-attraction, traduite uniquement en noirs et blancs argentiques.
Elle se photographie, de manière obsessionnelle et par séries, en interposant entre l'objectif et son corps, son unique matériau, un médium, eau, papier, mercure, un drap, qui va le masquer, le déformer, le suggérer, le morceler.
Elle traque aussi la moindre parcelle de son image, qui se trouve ainsi réfractée, lovée au sein d'une bulle ou dans un miroitement.
Le grand espace blanc et lumineux de la galerie sied particulièrement à ces photographies lumineuses et sombres.
Point de trucages ni de déguisement sur le corps immobile ou en mouvement qui devient "Sources" ou "Sémaphores", qui se love dans des draps ("Belladone") ou irradie ("Spirites"). Seul un objectif .
Après avoir exploré son visage, l'image de soi, ("Papier de soi"), elle traque son corps que l'on peut deviner ou imaginer sous le médium.
Mais l'objectif est patient et ne se satisfait pas de l'ombre ou de la courbe, il lui faut s'approprier ce corps en le pénétrant comme une radiographie et en saisir le halo après son implosion.
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Car le temps passe et la silhouette doit s'estomper, se diffuser, se réduire à une ombre et à de simples points lumineux.
Ses derniers travaux à partir d'inter-négatifs et d'inter-positifs vont encore au-delà puisque la forme fantomatique ne saurait être laissée en paix. La mort, sous quelque forme que ce soit y pose ses doigts griffus et lacère le corps.
Les photos de Laurence Demaison sont belles, d'une beauté vénéneuse et d'un esthétisme précieux.


