Comme à l’habitude, dès l’arrivée au Point Ephémère, direction le bar … et puis non en fait, voilà que l’on s’engouffre plus en avant, succession de couloirs, pour aboutir dans une pièce minuscule remplie d’instruments.
Claviers et batterie au sol, guitares au mur. Une véritable caverne d’Ali Baba. Bienvenue dans le royaume de Turzi. Entretien avec Romain.
Comment définirais-tu le style musical de Turzi ?
Romain Turzi : Alors évidemment rock disciplinaire, monophonique, narcotique et répétitif. On dit rock disciplinaire. Car on essaye de jouer des choses assez simples, des patterns que l’on s’amuse à entremêler, à mélanger. Elles sont jouées par moi, le clavier ou les guitares. Voilà de quoi est composé le rock disciplinaire.
On n’atterri pas vers ce genre de musique par hasard, quel a été ton parcours avant d’en arriver là ?
Romain Turzi : Mes premières claques ont été Sonic Youth, My Bloody Valentine car il y avait l’idée de détourner les instruments, de faire autre chose avec. Parfois de manière violente mais finalement de manière assez jolie. J’ai toujours aimé retrouver les origines du son d’un groupe en allant chercher ses influences. Et là je suis tombé sur Can, Neu ! … A chaque fois, de grandes découvertes expliquant beaucoup de choses sur ce que j’ai ensuite écouté. J’ai retrouvé des bribes de ces groupes un peu partout. Mais pour revenir à la question initiale, j’ai toujours été attiré par la musique noise, le détournement des instruments, par l’idée de faire un truc à soi.
Terry Riley aussi ?
Romain Turzi : Oui bien sûr, on reste dans le même esprit de répéter de petits patterns assez simples, laissant libre court à l’interprétation de l’auditeur. On essaye d’intégrer ces influences dans une dynamique plus moderne qui est le combo rock, guitare-basse-batterie. L’idée est de retrouver cet ensorcellement découlant de l’écoute de ces disques. On y arrive ou on n’y arrive pas mais l’ensemble sonne quand même très rock même s’il n’est pas pensé rock au départ.
Et puis on n’est pas des philosophes du truc, on n’arrive pas à la cheville de mecs du genre LaMotte Young ou autres, mais c’est un peu un postulat, un langage que l’on adopte. Et même si la musique est faite avec des ordinateurs, on garde le même principe de petits bouts arrivant les uns après les autres et se mélangeant. Comme des enchaînements de paysages, c’est comme ça que j’envisage le truc.
Quid de la composition ?
Romain Turzi : Depuis toujours, les compositions sont faites ici à partir de maquettes ou de morceaux que je fais. En général, les musiciens - tout comme moi - sont ennuyés à l’idée d’apprendre les titres, donc on les réinterprète à notre sauce : la composition évolue pour se transformer complètement. Sinon on compose aussi sur l’instant quand on répète, à partir de jams d’où découlent des morceaux.
Comment les choses ont évoluées depuis votre premier mini-LP "Made With Authority" ?
Romain Turzi : Sur notre premier EP, les morceaux étaient plutôt courts avec de vrais instruments à l’exception de la face B, improvisation de 20 minutes avec le groupe pour contrebalancer tous ces postulats de départ. On a ensuite remonté le groupe pour pouvoir reproduire ces morceaux sur scène. On réinterprétait donc ces morceaux au moment de l’album "A" d’où l’idée d’y intégrer 4 morceaux figurant déjà dans le EP, pour leur donner une autre vision.
On parle de scène, à quoi ressemble Turzi en concert ?
Romain Turzi : On y prend un malin plaisir à s’éloigner des versions studio même si quand on répète on essaye de les reproduire telles quelles. Ainsi, il est assez fréquent qu’en fonction de l’humeur de chacun, de l’ambiance, les morceaux prennent une couleur un peu différente. Sans compter qu’il reste pas mal d’espaces encore libres dans les morceaux. Comme dans le jazz où tu retrouves la construction d’un poème, un prélude tout d’abord, puis ensuite un thème … Mais on aime bien surprendre. Parfois, un musicien ne s’arrête pas : on se laisse même un peu surprendre nous même (rires).
Peux-tu m’en dire sur la part réservée aux paroles dans vos morceaux ?
Romain Turzi : Tout d’abord, nos paroles ne véhiculent pas de message particulier. En revanche on utilise la voix pour apporter un souffle nouveau au morceau. On s’en sert comme d’un instrument intervenant à un moment ou un autre. Loin d’une démarche mettant le discours d’un chanteur en avant ou de glorification de celui-ci … Je suis plutôt du genre à regarder le batteur en concert (rires).
Il n’empêche, le thème de la religion est récurrent dans le disque, dans les titres de chansons et surtout dans certaines paroles, quelle en est la raison ?
Romain Turzi : C’est vrai, il y a un fond lié à l’éducation, j’ai été en pension, pas dans un lycée catho mais c’est un peu le genre de truc omniprésent dans la jeunesse versaillaise … même si on s’en fout un peu. "A Notre Père", c’est un truc que l’on avait enregistré vite fait, qui pour nous n’avait pas tant de signification que ça, c’est presque la maison de disque qui a insisté pour la mettre sur l’album …
Donc au final plus Alain Delon que Allah ?
Romain Turzi : Tout à fait ! (rires) Nous sommes de grands de fans de Delon. On s’est inspiré pour ce titre de la musique du "Clan de Siciliens" de Morricone … Ce film représente vraiment Alain Delon à son apogée ..
Sinon, en terme de collaborations : collaboration rêvée, collaboration initiée ?
Romain Turzi : Principalement avec les gens de notre label Pan European Recording : Total Peace, Aqua Nebula Oscillator …
Les 3 titres ci dessus ont été enregistrés par Fabrice Delanoue lors d'une session de Turzi spécialement pour Froggy's Delight. La session complète comporte 6 titres, peut être qu'un jour si vous le souhaitez, la session intégrale sera disponible... les titres ne sont bien entendu pas libre de droits et ne peuvent être diffusés ailleurs que sur Froggy's Delight sans autorisation préalable.
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