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Christophe Salaün  (The Minute Philosopher.)  février 2018

Les philosophes ne sont pas si nombreux que ça. Bien sûr, il y a les profs de philo médiatiques qui font du rattrapage scolaire auprès des Français (Onfray, Ferry, Levy). Mais le philosophe qui philosophe est rare. On pourrait citer Clément Rosset, Jacques Bouveresse, Jean-Luc Nancy, Georges Didi-Huberman, Marcel Conche et à la rigueur André Comte-Sponville.

A cette liste, plus club des cinq que Top 50, il faut désormais ajouter Christophe Salaün. Mais les précités - aussi jaloux que la belle-mère de Blanche-Neige - s'écrieraient en choeur et sans tarder : "Christophe Salaün triche !"

Et ils auraient raison ! Car il est aidé - d'aucuns diraient dopé - par un être à deux roues et une selle. Il faut se rendre d'emblée à l'évidence : Christophe Salaün n'est rien sans sa bicyclette.

Il ne s'en cache pas dès la page 13 de son "Éloge de la roue libre" : "En un mot, je me suis aperçu que grimper sur ma machine est toujours l'occasion d'un expérience philosophique à part entière, et, loin de se résumer à un exercice anodin, à un mode de déplacement parmi tant d'autres, quand je suis le cul sur la selle, c'est alors ma situation, relativement à la question de mon corps, de l'espace, du temps et de ma liberté, qui est mise en perspective."

A l'occasion, on appréciera le style fluide, limpide, aérien, du philocycliste. Dans un ouvrage où il pédale plus qu'il ne remue ses méninges, puisqu'il ne dépasse pas les cent pages tout en avalant les kilomètres, le joyeux sage n'en finit pas de faire partager sa passion pour la petite reine.

Au point de commettre des anachronismes, de rêver un Rousseau non plus promeneur mais pédaleur, d'imaginer qu'un Kant à vélo aurait quitté son parcours de monomaniaque autour de Koenisberg pour découvrir le monde alentour avec tout ce qui s'en serait suivi pour la "Critique de la raison pure". Au point d'apprendre à son lecteur que Michel Foucault, casquette vissée sur son crâne luisant, était un adepte du deux-roues entre le Collège de France et la Sorbonne.

Evidemment, on ne saurait cacher le côté mensonger du titre choisi , "Éloge de la roue libre". En effet, il faudra attendre la page 97 pour que soit citée la dite roue : "La roue libre est la rédemption ultime du cycliste, le moment où, enfin, il s'abandonne et lâche prise. Le long apprentissage de soi, l'preuve de la résistance des choses, tout cela trouve dans l'exercice de la roue libre une forme de conclusion heureuse, une délivrance et une rédemption."

"Tout ça pour ça", dirait Lelouch au volant de sa Ford Mustang. Sans doute mieux vaut tard que jamais car, par exemple, on attendra en vain un mot sur l'usage social du bicloune. Individualiste forcené, Salaün n'a pas une pensée pour la dimension néo-réaliste du vélo, aucune compassion pour le "voleur de bicyclette". Pareillement, l'armada des pédaleurs chinois est peu de choses face à son usage bobo du vélo, ou plutôt "bienbien" (bienheureux et bienveillant) du meilleur ami mécanique de l'homme.

Silence aussi sur cette bande de copains qui a souvent vécu d'enfer pour ne pas mettre pied à terre devant Paulette. Pas de pieds à terre, ici.. Oh non ! Et, à sa place, un piédestal pour la personne qui écrit, page 90, cette phrase qui fera date  : "Le vélo, c'est une alchimie des passions, un équilibre des sentiments et des sensations"

Qu'on le veuille ou non, qu'on l'ait lu ou non, "Éloge de la roue libre" de Christophe Salaün a déjà changé le regard général porté sur le deux-roues à dérailleur. Erudit bon enfant, cherchant à être compris sans user de facilités conceptuelles, Christophe Salaün donnera à ses contemporains peut-être goût à la philo autant qu'au vélo et luttera ainsi contre l'inculture et l'embonpoint.

Parfait petit livre pour l'été, "Éloge de la roue libre" ne prendra pas beaucoup de place dans le sac du plagiste, mais une énorme dans son cerveau paresseux.

 
 

Philippe Person         
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Le Festival de Cannes se termine déjà, sans grandes envolées mais avec une belle palme d'or tout de même et surtout le soleil qui devrait vous donner envie de sortir les vôtres, palmes, histoire d'aller piquer une tête pour vous rafraichir les idées au milieu de tout ce marasme ambiant. Quoi qu'il en soit, pour vous changer les idées, voici comme chaque semaine notre sélection culturelle.

Du côté de la musique :

Glenn Branca, une vie dissonnante
"Quieter" de Carla Bozulich
Rencontre avec Romain Guerret autour de son projet solo Donald Pierre dont voici 3 titres live enregistrés au bar Le Planète Mars
"Free the prisoners" de Andrew Sweeny
"The sound like a tank even if they are a duo" de Archi Deep
"Liszt : Athanor" de Beatrice Berrut
"Lost and found" de En attendant Ana
"Les larmes d'or" de Frédéric Bobin
"Le courage des innoncents" de Olivier Savaresse
et toujours :
"Lion in bed" de Lion In Bed
"Take me away" de Andréane Le May
"JS Bach Inventions & Sinfonias" de Julien Lheuillier
"Lost memory theatre" de Jun Miyake
"Advertisement EP" de MNNQNS
"All inclusive" de Shaggy Dogs
"Bernstein : Mass" de Yannick Nézet Séguin & le Philadelphia Orchestra
"Ain't that mayhem ?" de Zëro

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Les Limbes" au Théâtre du Rond-Point
"4.48 Psychosis" au Théâtre-Studio d'Alfortville
"Strange Love" au Cirque Electrique
"17 fois Maximilien" au Studio Hébertot
"ABC D'airs" au Théâtre Le Lucernaire
"Les Soulmates" au Théâtre du Marais
"Le Cirque Alfonse - Tabarnak" à Bobino
"Scud" au Théâtre Clavel
"Cabaret chinois et autres farces" au Théâtre Clavel
les reprises avec :
"Les Patissières" au Théâtre Trévise
"King KongThéorie" à La Pépinière Théâtre
"Les Petites Reines" au Théâtre La Bruyère
"Eric Boschman - Ni Dieu, ni Maître mais du Rouge !" à la Scène Thélème
"Légendes d'une vie" au Théâtre Le Lucernaire
"Warren Zavatta - Ce soir dans votre ville" au Théâtre Michel
et les chroniques des autres spectacles de mai

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête" de Ilan Klipper
"Bienvenue en Sicile" de PIF
et les chroniques des autres sorties de mai

Lecture avec :

"La symphonie du hasard, livre 3" de Douglas Kennedy
"Les diables de cardona" de Matthew Carr
"Les invisibles" de Antoine Albertini
"Transit" de Rachel Cusk
et toujours :
"L'écrivain public" de Dan Fesperman
"Le chien de Shrodinger" de Martin Dumont
"Les saltimbanques ordinaires" de Eimear McBride
"Passage des ombres" de Arnaldur Indrioason
"Prison house" de John King

Froggeek's Delight :

"A way out" sur PS4, Xbox One et Windows
"Rétro lazer" Tome 1, magazine trimestriel
Le Google Home, enceinte intelligente

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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